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Il n’y a plus rien de Léo Ferré (extrait)

Catégorie Musique
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Il n’y a plus rien (extrait) Léo Ferré

...Et vous comptez vos sous

En long

En large

En marge

De ces salaires que vous lâchez avec précision

Avec parcimonie

J’allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs

et qui

racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat

vengeur

et nivellateur qui empêche toute identification...

Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l’anonymat.

Les révolutions ? Parlons-en !

Je veux parler des révolutions qu’on peut encore montrer

Parce qu’elles vous servent,

Parce qu’elles vous ont toujours servi,

Ces révolutions de "l’histoire",

Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous interesser,

Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit

qu’il s’en prépare une autre.

Lorsque quelque chose d’inédit vous choque et vous gêne,

Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour

retenir une place

Dans un palace d’exilés, entouré du prestige des déracinés.

Les racines profondes de ce pays, c’est Vous, paraît-il,

Et quand on vous transbahute d’un "désordre de la rue",

comme vous dites,

à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites

greffer au retour et on vous salue.

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les

révolutions.

Vous seriez même tentés d’y apporter votre petit panier,

Pour n’en pas perdre une miette, n’est-ce-pas ?

Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui

vous dérangent aussi,

on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous

enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras !

La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.

Vous avez le style du pouvoir

Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes

Comme si vous parliez à vos subordonnés,

De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de

peur qu’on vous montre du doigt,

dans les corridors de l’ennui, et qu’on se dise : "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"

Soyez tranquilles !

Pour la reptation, vous êtes imbattables ; seulement, vous

ne vous la concédez

que dans la métaphore... Vous voulez bien vous allonger

mais avec de l’allure,

Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre

boutonnière,

Et quand on sait ce qu’a pu vous coûter de silences aigres,

De renvois mal aiguillés

De demi-sourires séchés comme des larmes,

Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne

vous êtes jamais décidé à empourprer

votre visage,

Je me demande comment et pourquoi la Nature met

Tant d’entêtement,

Tant d’adresse

Et tant d’indifférence biologique

A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,

Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires

Jusqu’aux salonnardes équivoques où vous les dressez à

boire,

Dans votre grand monde,

A la coupe des bien-pensants.

Moi, je suis un bâtard. Nous sommes tous des bâtards.

Ce qui nous sépare, aujourd’hui, c’est que votre bâtardise

à vous est sanctionnée par le code civil

Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.

Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

Il n’y a plus rien

Et ce rien, on vous le laisse !

Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,

Nous, on peut pas.

Un jour, dans dix mille ans,

Quand vous ne serez plus là,

Nous aurons TOUT

Rien de vous

Tout de nous

Nous aurons eu le temps d’inventer la Vie, la Beauté, la

Jeunesse,

Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux

des filles,

Le sourire des bêtes enfin détraquées,

La priorité à Gauche, permettez !

Nous ne mourrons plus de rien

Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que nous n’aurez pas manqué

de nous léguer, montant

De vos fumures

De vos livres engrangés dans vos silothèques

De vos documents publics

De vos réglements d’administration pénitentiaire

De vos décrets

De vos prières, même,

Tous ces microbes...

Soyez tranquilles,

Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

NOUS AURONS TOUT

-  Lire également : Et un jour le lion est mort



Publié le 3 mai 2006  par torpedo


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