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Le Caïman de Moretti ne réchauffe pas Cannes de Roberta Ronconi

Catégorie Cinema
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Le film sur Berlusconi est accueilli froidement. L’auteur nous en parle. La critique internationale déconcertée.

de Roberta Ronconi traduit de l’italien par karl&rosa

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Il y en a qui disent qu’ils ont applaudi, d’autres disent que non. Ici, au Festival de Cannes, hier matin la presse italienne était tout ouïe à la projection pour la critique du Caïman de Nanni Moretti.

La vérité est qu’à la fin de ce film il n’est pas facile d’applaudir - la presse italienne à Rome ne le fit pas - et, au contraire, ici à Cannes, tôt le matin et malgré le choc de la première séquence, il y a eu quelques applaudissements.

Mais le problème reste : la presse étrangère n’a pas aimé Moretti autant qu’il l’aurait voulu ou attendu. Nous avons parlé avec des confrères de différents pays. La réponse a toujours été plus ou moins la même : le Caïman n’a pas semblé un film à la hauteur de l’auteur italien le plus aimé en Europe, un récit perçu par moments comme confus, avec une superposition de plans (personnel, politique, social) et de genres (de la comédie à l’horror) qui n’aide pas à la compréhension, mais qui la complique.

En conférence de presse, Moretti est accueilli presque froidement, avec un détachement et un embarras jamais perçu les quatre fois précédentes (Ecce Bombo, Avril, Journal intime, La chambre du fils). Une difficulté que le réalisateur perçoit, évidemment, à tel point que quelqu’un est prêt à jurer d’avoir vu en lui une émotion proche des larmes.

La question, à notre avis, est que le Caïman est un film imparfait, mais émotionnellement très fort pour les Italiens auxquels Moretti offre pendant deux heures la chance de rouvrir les yeux sur quelque chose qu’ils ont effacé, mise de côté à cause de la fatigue et de leur peu de mémoire.

La même chose ne vaut pas pour les étrangers qui n’ont vécu du berlusconisme que la folie politique, en continuant à s’étonner jusqu’à la fin de comment les Italiens aient pu permettre que tout cela arrive. Deux publics différents, donc, mais un seul film. Qui a payé ici à Cannes ses - généreuses - imperfections.

Nous essayons de la faire remarquer à Moretti, en conférence de presse, cette possibilité de double lecture. Mais il est trop nerveux pour accepter la suggestion.

-  Moretti, aviez-vous pensé à la possibilité que le public étranger n’était pas à même de s’émouvoir, comme cela est arrivé à une bonne partie du public italien, face aux conséquences du berlusconisme ?

S’il devait en être ainsi, au fond j’en serais content pour eux, en tant que citoyens. Cela veut dire qu’ils n’ont jamais éprouvé ce que nous avons éprouvé. Au fond, il n’existe aucun pays au monde où un homme ait pu se porter candidat quatre fois à la charge de premier ministre en possédant la moitié de l’empire télévisuel d’un pays, outre évidemment d’autres bricoles telles que des radios, des journaux, des magazines etc.

Cette typologie de politicien, à la Berlusconi, existe dans d’autres pays aussi. Mais ce n’est qu’en Italie qu’on lui a permis d’arriver où il est arrivé. Dans les autres pays il y a des lois à même de bloquer bien avant une chose pareille. Le fait est que les Italiens sont malades d’accoutumance et d’une très courte mémoire.

-  Peut-être le film a-t-il diminué sa capacité d’impact, après les résultats électoraux ?

-  Et pourquoi l’aurait-il dû ?

Au contraire, à mon avis, après les élections les choses ont même empiré. Des choses gravissimes se sont passées, telles que la non reconnaissance des résultats du vote populaire par le candidat battu. Pendant 15 jours, Berlusconi a continué à dire que les résultats étaient faux. Des déclarations d’une gravité inouïe.

Et la gauche, comme me le disent ici les journalistes étrangers aussi, continue à prendre la chose très peu au sérieux. Comme si Berlusconi, au fond, n’était qu’un numéro. Et quand les journalistes français demandent à nos nouveaux gouvernants ce qu’ils feront du conflit d’intérêts, ils répondent que la question ne fait pas partie de leurs priorités.

-  Avez-vous subi des pressions particulières pendant la réalisation du "Caïman" ?

Non, d’aucun genre. Aussi parce que cette fois, avec Barbagallo (le producteur de la Sacher film, ndr) nous avons décidé de ne même pas impliquer la RAI, comme nous le faisions habituellement, dans la production. Avec Mediaset [l’entreprise médiatique de Berlusconi, ndt] je n’ai jamais voulu travailler, c’était un des principes que nous avions établi à l’époque de la fondation de la Sacher. De toute façon, précisément pour me sentir complètement indépendant, nous avons décidé de ne produire le film qu’avec une bonne aide des Français. Même si maintenant il est clairement en vente et j’espère que la RAI sera intéressée à un achat.

-  Pourquoi, après avoir décidé de confier à Silvio Orlando le rôle du producteur Bonomo, que vous aviez pensé pour vous au début, avez-vous décidé d’apparaître de toute façon dans le rôle du Caïman au stade final ?

Parce que je voulais achever le film par un moment vraiment choquant, en montrant un Berlusconi lucide, qui répète ces mots si souvent dits et qui n’impressionnent plus personne en Italie. Je voulais créer une atmosphère où ces affirmations résumeraient tout leur poids et leur gravité. J’ai décidé donc de mettre en scène un Berlusconi le plus lointain possible de celui auquel nous sommes habitués. Et alors j’ai pensé à moi-même.

source :
-  Liberazione
-  Bellaciao



Publié le 27 mai 2006  par torpedo


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