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Petit mensonge Tibétain

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(JPEG) Je ne souhaite pas faire hurler tous les bouddhistes du monde, car on ne peut pas généraliser une situation, d’une part, et parce que j’ai beaucoup de respect pour le peuple tibétain et sa philosophie que je pratique en ion libre ; tout comme je respecte sa sainteté le Dalaï Lama et son combat, et je sais qu’ avec cet article je ne vais pas me faire que des copains ! Mais voilà, je suis une femme qui croit ce qu’elle voit et j’ai vu ce que je raconte ici même...

Mon premier choc lors de ce dernier voyage au Népal en 2000 fut de croiser des moines dans tous les endroits huppés de la ville de Kathmandou : restaurants chics, cafés pour européens, boulangeries allemandes, magasins de fringues de sports à la mode et burgers machins chouettes. Drôles d’endroits pour côtoyer des religieux censés pratiquer l’austérité ! Mais bon, on leur pardonne parce qu’ils sont réfugiés et que leur peuple a subi les pires traitements. Mais moi je plains ceux qui sont restés là bas et qui ne peuvent pas échapper à la dictature chinoise. Pour une fois je ne voyageais pas à pieds et ne dormais pas dans des grottes parce que j’avais de la famille en visite, il m’était donc donné de fréquenter les hôtels un peu chicos et les restos trois étoiles pour ménager mes invités et j’en croisais partout, des moines !

Dans les rues, on se faisait klaxonner par de grosses bagnoles reluisantes pleines de moines avec des grosses lunettes noires et chaussés de super baskets branchées.

Devant les restos ou les enfants mendiants népalais cherchaient la pitance, se prenant des coups de pieds lorsqu’ils demandaient des morceaux de croissants ou des bonbons qui dépassaient des poches des moinillons grassouillets et hautains se goinfrant de confiseries payées aves de gros billets. Là c’était trop pour moi, il y avait quelque chose qui clochait, qui ne tournait pas dans le sens des stupas ! Je ruminais en mangeant mes momos à la cantine des pauvres, regardant tourner les pèlerins autour du grand monument, entouré de riches magasins tibétains de tankas, fausses antiquités, restaurants luxueux. D’où venait le fric pour construire et entretenir de tels édifices quand on sait que ces gens ont quitté le Tibet sans le sou.

Dans le quartier de Bodanath dont il est question, vivaient mes frères népalais Babou, Furpa et Vijay. Leur quartier était une banlieue sans cesse en construction, avec des terrains vagues boueux ou des gamins jouaient au foot pieds nus, seuls les moinillons portaient chaussettes et baskets de sport. Quelques années auparavant, je venais à travers champs de Katmandou jusqu’à la stupa. Aujourd’hui, il faut traverser une grande artère polluée et poussiéreuse encerclée de taxis nauséabonds. Ne perdons pas de vue que dans le présent, la vallée de Katmandou est noire de pollution et qu’on ne voit plus la chaîne himalayenne des terrasses de la ville.

A Bodha, il y avait de belles maisons ornées et richement décorées, appartenant toutes à des tibétains. Celles des népalais étaient plutôt grises et mal finies, faute de moyens, avec des toits en cours de finitions, des bouts de ferraills dépassaient de tous côtés et les fenêtres n’avaient que la moitié des carreaux. Les monastères étaient entourés de barbelés électrifiés et gardés par des chiens de race européens, les moines craignaient- ils donc les attaques des pauvres de la rue ?! Je nai pas voulu m’approcher de l’entrée, craignant d’y trouver une caméra ou un interphone.

Il régnait ici une ambiance tirée au couteau entre les deux ethnies habitant les lieux. J’interrogeai mes amis pour en savoir plus et Babou me raconta que dans son village natal, lieu de pèlerinage bien connu, un pauvre moine en haillons était venu réclamer à son père, le chef du village, un bout de terrain pour y méditer en paix. Le vieux lui offrit un petit pré, plein de compassion pour l’ascète qui semblait en pleine détresse. Quelques temps plus tard, le moine délimita le terrain, puis l’on vit un défilé d’ouvriers et de porteurs venant entamer un chantier et les villageois virent se construire un luxueux monastère près de chez eux qui devint un hôtel pour pèlerins, coupant ainsi les vivres aux habitants ne vivant que du faible passage touristique. Trop tard, la fourberie était faite et l’on vit aussi la femme et les enfants du religieux soi disant ascète s’installer dans la riche demeure construite sur la confiance d’un vieux chef de village. C’était aussi arrivé dans d’autres endroits à d’autre personnes...

Je retournais autour de la grande stupa en tâchant de me réconcilier avec tout le monde, car la colère me fait toujours mal aux os. Tout cela me rendait un peu amère. Et plus moyen de boire un petit Chy à deux roupies sur cette place ! Que des restaurants en haut des immeubles avec vue sur le monument. il y avait forcément beaucoup de mendiants car beaucoup de passage et de nombreux commerces. Mais les pèlerins tibétains faisaient glisser leurs billets dans des boites à donations, pour les moines réfugiés et ce qui me laissa rêveuse, c’est que ces boites dégorgeant de fric étaient transparentes. J’ai pensé que ça représentait beaucoup de bonbons tous ces billets ! Mais que cet étalage semblait indécent !

Vraiment, quelque chose ne tournait pas rond ici, nom d’un moulin à prières... Pourtant les cercles étaient partout autour de moi... Mandalas, moulins, mouvement de la foule tournant autour de la stupa.

Il y a des aliments que notre organisme se refuse à digérer parce que trop fort, trop salé ou trop amer. Cette soupe là avait un petit peu de tout. Je ne pouvais pas haïr les tibétains, j’avais trop de respect pour leur philosophie mais je devais admettre cette vérité indéniable : l’habit ne fait pas le moine ! Mais c’était là tout un rêve qui s’achevait, l’intégrité pure avait définitivement disparu de la planète. Mon dernier espoir tombait juste à l’eau.

Je fis quelques tours de stupa moi aussi à cette tombée du jour au milieu des tibétains civils comme pour conjurer le sort, pour garder espoir et amour et ne pas tomber dans la haine facile. Ce mouvement avait vraiment une énergie spéciale, un truc qui nous faisait décoller du sol et se sourire les uns aux autres. Je n’ai jamais aimé généraliser, dans mon esprit, tout reste relatif.

Il me revint en mémoire que c’était le nouvel an tibétain et que non loin d’ici on pouvait admirer les danses gracieuses folkloriques que j’allais voir, ravalant mes rancoeurs. Mais je n’étais que de passage en ces lieux c’était facile pour moi. Je pouvais quitter les lieux de suite pour ne plus y revenir et fermer ma conscience.

Mais je ne pouvais m ’empêcher de penser aux locaux dépouillés par leurs confrères accueillis d’un pays envahi, la porte leur avait été ouverte, trop grande sans doute ! Je n’étais pas dans la peau d’une mendiante népalaise devant supporter le spectacle quotidien des faux vrais moines me narguant dans leurs grosses bagnoles, m’éclaboussant au passage, sirotant ma boisson gazeuse détestée et mâchant des chewing-gums gums à la menthe. Je n’étais pas non plus dans celle du balayeur au service de la riche patronne d’ hôtel tibétaine. Je n’étais qu’une blanche avec sa vision de blanche, malgré quelques années dans la jungle, je restais quelqu’un qui avait le choix, sauf celui d’occulter. Cette facilité était partie de moi avec les eaux des moussons de la forêt indienne et dans de telles circonstances, elle me manquait terriblement !...Mais pour beaucoup, il sera facile de ne pas se souvenir et de ne même pas avoir vu. La corruption n’aura pas touché que nos gros abbés bedonnants.

Cependant, en ce nouvel an là bas, sur le toit de monde, et charmée par la grâce des danses des villageoises aux vêtements faits de mille couleurs, j’avais une pensée pour que la paix perdure dans la chaîne encore paisible des Himalayas...



Publié le 21 janvier 2005  par manuji


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Forum de l'article
  • > Petit mensonge Tibétain
    22 janvier 2005, par Cyprien Luraghi

    J’ai longtemps vécu à Bodhnath -entre 1981 et 84- et encore bien plus au Népal tout court.

    J’étais accompagnateur de trekking et je vivais avec une amie californienne -et bouddhiste. Je n’ai jamais été bouddhiste et ça ne risque pas. Je ne les aime pas. Du tout. J’ai fait du trafic d’or et de pièces électroniques entre Hong-Kong et le Népal pour survivre, à l’époque, en partie pour le compte de lamas mafieux, et l’argent de ce business douteux a servi à construire les hideux monastères qu’on peut de nos jours contempler à Bodhnath et un peu partout dans la vallée de Katmandou.

    En vérité, il n’y a pas un lama sur cent et un moine sur dix mille qui vaille le détour.

    C’est la même chose en France ; je vis non loin des grands monastères bouddhistes de Dordogne et la magouille y est une institution, ainsi que les luttes de pouvoir. C’est une arnaque grave.

    Je respecte le bouddhisme en son essence, encore que je sois parfaitement athée, mais je dois avouer que ces gens-là ont parfaitement dévoyé leur propre religion.

    Tout ce que vous avez écrit est véridique, je peux en attester.

    Cyp’

    • > Petit mensonge Tibétain
      22 janvier 2005, par Manuji
      En effet, vous comprenez ce que celà signifie de devoir dealer avec ce type de gens dans un pays ou ça galère dur pour survivre. Je n’ai pas eu à faire de business avec eux et tant mieux, quelques autres choses auquelles j’ai assisté me font dire que le fond de la philosophie est bon mais pas la surface,que ces moines ne valent pas mieux que les autres, qu’il ne faut pas généraliser mais que votre pourcentage est proche de la réalité !...Merci d’appuyer mes paroles, car le sujet est sensible.
      • > Petit mensonge Tibétain
        26 février 2006, par sakina X
        Apparemment c’est pas gai au Népal. Perso j’ai eu l’occasion de voyager dans le nord de l’Inde, Ladakh, de la pleine campagne montagneuse, que du bonheur ! et je peux vous dire que les monastères, faut les mériter ! (plusieurs heures de marche à chaque fois). Peu de touristes, et souvent reçu avec indifférence, et même mal reçu parfois. Et bien il faut s’en féliciter ! J’ai pas vu la chose de l’intérieur, et maintenant, oui je me rappelle de lieux un peu...luxueux. Quant à Darhamsala, les moines décontractés n’avaient vraiment pas l’air de mafieux, et les vitres fumées et autres lunettes noires auraient paru complètement décalé ! Bon ben je serais plus attentive aux remarques de votre intéressant témoignage lors de mon prochain voyage, mais je vous conseille vivement le nord de l’Inde, ça ne ressemble pas à votre description. Si je puis me permettre également, vous mélangez dans votre esprit la religion et les hommes. Les hommes sont corruptibles, tous, et je ne pense pas qu’il soit juste de voir chez les bouddhistes le dernier bastion de l’intégrité. Dieu seul peut juger de la confession d’un homme, mais il est certain que vos mafieux en toge rouge ne sont pas plus bouddhistes que les talibans ne sont musulmans.
        • > Petit mensonge Tibétain
          1er mars 2006, par manuji
          Non, ce n’est pas bien gai au Népal, d’abord, ce magnifique pays est tout petit et très pauvre, contrairement à l’Inde. Ensuite il est déchiré par les tyrannies de monarques avides et par la guerre civile. De plus, il est frontalier au Tibet et les réfugiés y sont donc bien plus nombreux. Comme il est plus facile à un moine qu’à un paysans d’entrer au Népal avecle statut de réfugié et de bénéficier des aides internationales, beaucoup de civils prennent la robe. La vallée de Katmandou est petite, elle voit un tourisme grandissant de plus en plus riche qui est l’unique source de revenus. Tout cet argent qui brasse dans un espace si petit fait naitre chez les humains bien des idées malveillantes. Les moines ne sont-ils pas des hommes comme les autres face à leurs démons qu’ils sont censés avoir vaincu ? Je précise bien au début de ce texte où l’histoire se déroule et dans quelles conditions, c’est autour de katmandou, à Bodhanath, qui est devenu en quelques années un village de luxe. Certains profitent, comme partout de la naïveté ou de la gentillesse pour s’enrichir et non pour enrichir. Les religions sont écrites et pratiquées par des hommes et n’existent qu’au travers d’eux. Dans le nord de l’Inde, ou j’ai vécu plusieurs années, la communauté boudhiste est moins dense, plus discrète, et vit plus en accord avec sa tradition. Je n’ai pas rencontré une telle mafia ou de telles supercheries, mais je n’ai pas tout vu non plus ! La corruption religieuse est partout, dans tous les cultes, car c’est bien connu, l’habit ne fait pas le moine ! Par contre, la philosophie boudhiste reste à mes yeux une des plus nobles qui soit !
  • > Petit mensonge Tibétain
    14 octobre 2005, par chateau
    Ce que vous dites, c’est plus qu’un petit mensonge, c’est une abomination. L’exploitation de la foi pure des cœurs au profit d’intérêts bas est toujours abominable. Témoignage vraiment étonnant ! Mais dans le fond cela renvoie à ce que l’on observe toujours : "partout où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie" (cardinal de la Vigerie). Je crois que peut-être vos illusions s’estompent. Vous avez rêvé d’un monde parfait, rejetant probablement, comme beaucoup (si ce n’est tous) votre propre civilisation. Ce n’est pas un reproche, bien sûr ; moi aussi j’y ai cru. Mais, rappelez-vous la comptine pour enfants : on fait le tour du monde, et c’est dans son jardin qu’on découvre un trésor... On connaîtra mieux le monde lorsqu’on se connaîtra soi-même, dit Bouddha ; dès lors, connaissons-nous le sens profond de nos horizons ? Et, s’il faut juger l’arbre aux fruits, notre civilisation de jadis était-elle si mauvaise, comparée à ce que nous voyons dans nos voyages ? Dieu merci, nous n’avons pas (du moins je l’espère) de prêtres mafieux, en basket, refusant la piécette aux pauvres. Et s’il s’en trouve un, c’est un fou qui ne garde pas longtemps l’habit. C’est ainsi chez nous. Pourquoi ? Parce qu’une masse d’éléments ont imprégné notre civilisation, bon an mal an, d’un respect véritable d’autrui, un respect qui n’est pas que livresque ou karmatique, fataliste. Nous ne pouvons vraiment comprendre et aimer ce qu’il y a de meilleur dans le monde qu’en comprenant ce qu’il y a de meilleur ici. Connaître l’autre. Reconnaître ses qualités, ses défauts, se nourrir de ce qu’il nous donne, mais ne jamais renoncer à lui apporter un peu de ce que nous savons, parce que la paix se donne, elle ne se fait pas seule. Pour ma part, mes voyages fréquents en Asie et le fait que je parle les langues me font regarder les choses non plus avec fascination, mais simplicité. Derrière l’exotisme assez surprenant parfois des décors, des usages, des mœurs, des cuisines, des rapports sociaux, il y a toujours un homme, avec ses imperfections. J’ai appris, jadis, après une désillusion brutale, à ne plus être complexé d’être occidental, car nos mérites et nos fautes ne sont pas moindres. Vous le montrez très bien. Il y a de la pauvreté matérielle, il y a aussi de la pauvreté, de la misère morale, et cela partout. C’est l’homme. Et il y a des héros, quelle que soit l’idée qu’ils embrassent, même si l’on est tenté de poursuivre les porteurs d’idées opposées, parfois violemment opposées. Il y a de grandes âmes chez nos pires ennemis. Ce sont les circonstances qui leur masquent leur propre vérité. C’est en ce sens que le cosmopolitisme et la tolérance peuvent être mensongers : l’intimité n’apporte rien en soi, ce n’est qu’une dissolution s’il n’y a échange profond. Or, que donnerai-je à l’autre, en quoi pourrai-je l’aider si je ne connais rien à ma civilisation, à ce que je porte de meilleur, si je ne me connais pas ? (nous ne sommes pas faits que de la civilisation, nous avons une intégrité spontanée, mais il y a aussi en nous, à notre insu parfois, de la civilisation, des valeurs que nous n’avons pas inventées) Soyons terre à terre un instant, levons le glaive pour combattre l’injustice, rendons à César ce qui lui appartient : on doit aussi attribuer cette bassesse d’une part à une imperfection ontologique de la pensée bouddhiste tibétaine, qui porte à la fois de très beaux fruits et quelque chose de profondément noir, mais aussi à l’invasion des monts par des intérêts "supérieurs" géo-stratégiques, particulièrement l’invasion des communistes chinois qui a produit la plus grande dévastation que le Tibet ait connu. La Chine a fabriqué de la dépravation en conquérant le Tibet. Sans cette invasion, le Tibet n’eut pas été parfait, il eut été meilleur. Le clergé se fût maintenu et eût pu empêcher le délabrement que vous avez tous deux décrit d’une manière nette et illustrée. Il y a donc de la responsabilité intérieure au peuple tibétain et de la responsabilité extérieure.
    • > Petit mensonge des religions !
      31 juillet 2007, par krop
      je veux bien croire a se que vous dites ! mais partout ou il y a du blés c’est la misère qui remplace la paix des hommes ! que sa soit là bas ou ailleurs c’est là même enfilades pour être poli ! la religion est une vaste escroquerie au 21 siècles ! c’est du disneyland pour vieux trucs qui flippe a l’approche de la mort vue que il a fallu que l’ont en ai peur alors que je croie l’inverse ! et surtout chez les tibétains ! maintenant que les chinois ou d’autre sans soi mêlés m’étonne pas vu que le but est encore le blée tant qu’ils n’auront pas saignée la planète ben ont pourras toujours priée !
  • Petit mensonge Tibétain
    3 février 2016, par LizaBrien
    I like reading this travel experience. Thanks for sharing this, it’s worth the time. - Fred Wehba
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