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La prostitution vend un temps de travail

Catégorie société
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(JPEG) Voilà un tract comme je les adore car il réunit tous les arguments qui rivalisent de mensonge et de confusion entre exploitation sexuelle et prostitution, et qui trahit, en fait, un état d’esprit chrétien, proche de la pitié et de la honte, en niant la misère sexuelle réelle que produit ce monde sous la forme du mariage et de la reproduction, pour la déplacer sur le terrain de la morale dont le sexe est le pivot de la censure.

L’importation des femmes que ce texte dénonce, est le produit de la misère, non celui de la prostitution.

Là où la misère règne, rien de grand ne peut éclore.

La prostitution est un travail.

Le plus souvent, l’organisation du travail est divisée, avec un patron en son sommet, et les manutentionnaires au bas de l’échelle. La prostitution n’échappe pas à cette règle. Comme tout travail, la prostitution contient sa part de dangerosité. Mais, il ne faut pas confondre viol et prostitution, comme il ne vient à l’esprit de personne de confondre travail manuel et cancer dû à l’activité de « désamiantage », par exemple.

La misère a toujours occasionné des déplacements de population, depuis les campagnes « désertifiées » vers les centres urbains, depuis les lieux les moins rentables, vers ceux où prédomine l’idée d’un enrichissement rapide et durable. Ce n’est pas le travail qui se déplace, mais les groupes d’individus appauvris, cette main d’oeuvre bon marché, malléable, conforme à l’organisation du travail.

La prostitution ne consiste pas à vendre des sexes, pas plus que le manutentionnaire des supermarchés ne vend ses bras.

A la fin de la journée, il n’y a pas une armée de culs-de-jatte qui rentre chez eux.

On ne vend pas un morceau de soi-même. On vend son temps de travail.

La prostitution vend son temps de travail plus chère que celui d’un manutentionnaire d’un supermarché.

Le consommateur, c’est-à-dire le client des prostitués n’est pas plus un fou sadique que ne l’est le consommateur des jeux vidéos.

Il consomme un temps de plaisir et de divertissement, comme le fait celui qui va à un match de football, ou celui qui se paie une toile.

Il ne vient à l’esprit de personne de partir avec des morceaux de salariés après un passage dans un supermarché.

C’est le même rapport que l’on trouve dans la prostitution. La prostituée ne vend pas son sexe.

La prostitution, en elle-même, n’est pas une misère sordide et cruelle, mais un travail. Ce n’est pas un travail spécial, mais c’est spécialement un travail. Ce n’est pas autre chose.

Il ne vient à l’esprit de personne de considérer son corps comme une marchandise. La prostituée ne vend pas son corps, mais, je le répète, histoire de bien me faire comprendre, elle vend un temps de travail.

La prostituée n’est pas plus exploitée qu’un autre travailleur. Elle est exploitée comme travailleuse, non comme prostituée.

Dans le travail, le respect n’est pas celui de l’honneur, mais celui de la rentabilité. C’est pourquoi, les travailleurs, le plus souvent, sont respectés, dans cette limite, à leur poste de travail.

La prostitution n’échappe pas à cette règle.

Un bon patron n’est pas un patron sympathique, mais un patron attentif. Dans le monde du travail, un homme d’honneur, ça n’existe pas.

Cette qualité appartient à celui qui respecte sa parole, chose impossible à tenir là où la rentabilité domine.

Mais, dans la prostitution, d’un point de vue moral, on rencontre des femmes d’honneur.

Mais, on y rencontre plus souvent du respect que de l’honneur, parce que l’honneur est contre-productif, à l’inverse du respect, qui favorise le maintien de la clientèle.

Nous vivons dans et par le monde du commerce. Dans ce monde, tout se rapporte à la rentabilité.

-  Comment la prostitution pourrait-elle y échapper ?

Cela dit, ce commerce n’engendre pas un torrent de touristes sexuels, tout simplement parce que, à la base de la prostitution, il y a le désir. Et tout le monde n’éprouve pas de désir à consommer un rapport sexuel avec une prostituée.

Tout le monde ne se met pas subitement à consommer, dans un supermarché, la même marchandise, malgré les publicités faites dans cet espoir.

Il ne faut pas prendre les spectateurs d’un match de football pour des impulsifs, ni les hommes masculins pour des maniaques sexuels, ni, plus généralement, le consommateur pour quelqu’un de pathologique.

Ce n’est pas la folie qui nous fait rentrer dans un supermarché, mais le besoin. Le sexe répond aussi à un besoin.

Dans notre monde, qui est fondé sur le commerce, le besoin se transforme en manque. Mais, le rapport au manque provoque plus souvent de la révolte que de la folie, et quoique je considère pour pathologiques les relations dites normales entres les individus, parce qu’elles ne sont que la reproduction de ce que les angoisses engendrent, c’est-à-dire l’accouplement exclusif, le rapport d’appropriation, la reproduction, et, à l’extrème, des relations superficielles, destructurées, que l’on compare à la liberté sexuelle, alors qu’elles ne sont qu’une réponse au manque.

Comme toujours, lorsqu’un comportement est dénoncé, c’est pour lui opposer une morale.

Mais dénoncer un rapport de domination, ce n’est pas faire la révolution, c’est seulement changer la domination de camp.

Ceux qui s’opposent veulent dominer par leur raison, et non chercher à raisonner la domination. Ce n’est pas l’idée que le monde pourrait être différent, qui le voit se transformer, mais qu’il n’est pas autre chose que ce qu’il est. Remettre en cause les rapports de domination ne consiste pas à inventer des formes de relations, lesquelles restent sans effet parce qu’impuissantes, mais saisir dans la réalité les conditions de leur dépassement.

Ce n’est pas une conscience qu’il reste à appliquer, mais l’apparition consciente, dans des moments historiques, des possibilités de dépasser ces conditions.

Dans ce texte, il y est exclusivement dénoncé la prostitution féminine. La prostitution concerne aussi les hommes, depuis la haute antiquité. C’est dire si ce n’est pas nouveau.

Je dirais, pour conclure, que ceux qui s’opposent à la prostitution sont, bien souvent, ceux qui n’en connaissent rien, parce qu’ils ne fréquentent pas ce terrain.

Ils ne font que le fantasmer.

Ils ne répondent qu’à leurs propres angoisses, vis-à-vis de leur propre sexualité, qu’ils imaginent peut-être comme un modèle, alors qu’elle accumule les frustrations et les corvées.

-  Lire le tract

-  Lire également : le bruit cristallin d’un talon aiguille sur le macadam

-  Lire Grisélidis Réal

-  Découvrir le site : les putes



Publié le 11 juin 2006  par Gilles Delcuse


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