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Festival Camino de la non-violence Retranscription de Jean Ruhlmann

Catégorie politique
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photo M. Nguyen
Jean Dornac

-  Gilles : Voici une deuxième partie en compagnie de Jean Dornac. Vous êtes militant altermondialiste et également militant non-violent. Vous êtes venu nous parler d’une information par rapport au site dont vous êtes le créateur.

-  Jean Dornac : En fait, mon intervention s’appelle « de l’altermondialisme à la non-violence et à la résistance civile ». La question qu’on peut se poser est un peu la suite de ce que vient de dire Patrick, « le bonheur est-il possible ? » On le cherche en tout cas, mais mon sentiment est qu’il n’est pas possible tant que nous vivrons dans la violence, tant que la violence sera légitime. Pour éviter la violence, en tout cas pour en diminuer les effets, il y a deux choses importantes : c’est l’information et c’est l’école ! Et si ces deux domaines majeurs sont méprisés par les pouvoirs ou par les citoyens, pour ma part, non, je ne crois pas au bonheur possible parce que nous allons continuer à être manipulés dans tous les sens.

Alors, ce genre de réflexion m’a amené à créer un site qui s’appelle Altermonde-levillage.com, qui est un site d’informations. Je suis parti sur ça parce qu’il y a quelques années, j’avais considéré que, en écoutant les gens au travers des métiers que j’avais encore, parce que j’ai eu un parcours un peu difficile comme beaucoup d’entre nous, chômage, petits boulots et tout ça, j’avais remarqué que beaucoup de gens avaient un discours de démission quand je discutais avec eux. Ils disaient : « On ne peut plus rien changer », « le chômage, c’est comme ça », « il n’y a plus de sous », voire « les chômeurs n’ont pas envie de travailler ». C’est un discours qui ressemblait quand même beaucoup à celui qu’on entendait à la télévision que ce soit au travers de certains journalistes ou que ce soit au travers des ministres...

Ça, ça m’a frappé et je me suis dit qu’il fallait quand même essayer de trouver des solutions au niveau médiatique. Alors, il s’est trouvé que le hasard, quelquefois le hasard fait bien les choses, s’il existe, un ami m’a proposé de réaliser une émission radio pour une radio associative du coin où j’habitais, au fond de la Loire. Pour cette émission, j’ai choisi de faire une revue de presse thématique, c’est-à-dire que je choisissais chaque semaine un thème que je développais. Ça faisait peu de temps que j’avais Internet et j’en ai profité parce que je suis allé voir je ne sais combien de sites au niveau mondial. Alors, j’étais limité à la francophonie parce que je ne connais absolument pas les langues, mais, déjà, rien que le français, ça permettait de voir beaucoup de sites et d’informations très diverses pour éviter le discours uniquement franco-français. Donc, ça m’a amené quand même à étudier beaucoup de choses et de découvrir beaucoup de choses. Ce qui m’a frappé, alors que j’avais démarré ces émissions sans a priori, c’est que beaucoup de nos problèmes provenaient de la mondialisation financière. C’était, pour moi, une découverte, parce que j’étais aussi un assidu de la télévision auparavant et je ne m’en étais pas rendu compte à ce point-là.

Ensuite, il y a une autre influence qui est intervenue, c’est celle de José Bové. Il s’est trouvé qu’en avril 2003, j’ai pu réaliser une émission entièrement consacrée à sa personne. J’ai découvert beaucoup de choses, sachant que je le connaissais peu à ce moment-là, mais j’ai eu le sentiment, après cette émission, après la masse de documents que j’avais étudiés, que le personnage que nous présentaient les médias ne correspondait pas grandement à ce qu’il était dans la réalité. Il se trouve, heureux hasard, encore une fois, qu’un mois plus tard, j’ai pu le rencontrer à Roanne à l’occasion du forum social de la Loire. Je l’ai eu une heure devant moi, et j’ai été frappé, je peux le dire, frappé par son regard qui est un regard très doux. Je me suis dit, non, là, il y a quand même quelque chose... les télévisions au moins, sinon certains journaux, nous manipulent un tantinet parce que ça ne correspondait pas avec le personnage que j’avais devant moi.

Et puis, on a parlé d’un peu tout avec lui, notamment de prison. Il se trouve qu’un mois après, il a été arrêté dans les conditions dont, sans doute, vous vous souvenez, qui n’étaient pas rocambolesques mais pratiquement ridicules avec un hélicoptère, des engin de guerre, des chiens. Bref, c’était de la folie quoi ! On l’a ramené en prison.

Cet événement-là, me souvenant de lui un mois plus tôt, m’a vraiment révolté.

J’ai décidé de faire un premier site Internet. Je n’y connaissais rien jusque-là.

En une semaine, j’ai pu le construire quand même, sous le coup de la colère, comme d’autres, pour soutenir José.

Enfin, deux mois plus tard, il a été libéré et on s’est retrouvés à 250 000 au Larzac 2003, une manifestation frappante par le public qui était là ; 250 000 personnes très attentives contrairement à ce qu’un certain nombre de medias on dit. Je me rappelle des forums où il y’avait 400 à 500 personnes, sous des tentes alors qu’il faisait quelque chose comme 38 ou 39 degrés au-dessus. Dans les tentes, je ne vous dis pas combien il faisait, mais c’était assez terrible ! Frappante aussi, parce que, comme quelques autres personnes, j’ai pris un coup de chaleur qui m’a obligé à rentrer plus tôt que prévu...

C’est à partir de là que j’ai décidé d’arrêter l’émission de radio et de créer le site Altermonde.

-  Pourquoi ?

Parce que j’avais vraiment le sentiment, notamment après la retransmission des informations sur le Larzac 2003 par les médias, que ce soit la télévision, les journaux, la radio ou les magazines, j’avais donc le sentiment, encore une fois, qu’on manipulait beaucoup les gens. Ils disaient que s’il y’avait eu autant de spectateurs, notamment jeunes, c’était pour voir les spectacles du soir. Or, si on était sur place, on s’est rendu compte que ce n’était pas ça, et en tout cas pas seulement ça. Donc, encore une manipulation.

Sur le site, à l’origine, je voulais défendre cet altermondialisme qui me paraissait particulièrement sympathique parce qu’il était un peu en dehors des partis classiques qui commençaient à me fatiguer un peu, je ne peux pas dire autrement. Et donc, c’était une vision quand même beaucoup plus large, une vision où nous ne sommes pas contre la mondialisation mais pour une autre mondialisation, une mondialisation humaine, une mondialisation qui ne soit pas financière. À cet égard, ce que vient de dire Patrique Viveret est intéressant sur la minéralisation des très riches... C’est frappant ! Et, justement, nous on ne veut pas d’une mondialisation de ce type qui conduit à ça. A partir de là, sur le site, j’avais aussi décidé de publier un certain nombre d’informations des associations parce qu’il me semblait que quand on vient sur un site Internet par hasard, on est heureux de pouvoir avoir des liens, à gauche à droite, sur différentes associations, sur différentes choses. Parce qu’on s’y perd un peu, tellement il y a de sites sur Internet. C’est un travail qui s’approche du journalisme, à tel point que, finalement, j’ai fini par écrire mes propres articles. Et puis, d’autres rédacteurs sont arrivés, notamment un rédacteur d’ici, de Toulouse, Patrick Mignard que quelques-uns d’entre vous connaissent peut-être. En tout cas le but était de faire autant que possible de la qualité, et aussi de la diversité.

Pour continuer dans le sens de la nécessité de tels medias, il faut se rappeler ce que sont devenus nos médias.

-  Qu’est-ce qui s’est passé dans nos medias actuels ?

Si on se souvient bien, il y a bientôt 30 ans, Robert Hersant avait commencé à faire le regroupement des différents organes de presses, ce qui diminuait la diversité et donc était un danger pour la liberté.

Depuis, on sait que ces medias, beaucoup maintenant, sont regroupés entre les mains de quelques financiers, de quelques maîtres canonniers si on peut dire, Lagardère, Dassault, ou alors des gens comme Bouygues.

Inutile de dire que la diversité devient très difficile et on le voit. On le voit au travers des différentes manipulations constatées.

Je citerai cinq exemples, très rapidement.

-  Si on regarde par rapport aux élections présidentielles de l’année prochaine, ça fait déjà plusieurs mois qu’on n’entend parler que de Sarkozy et de Ségolène Royal. On croirait qu’il n’y a que ces gens-là. Par contre on n’entend pas parler des programmes. On fait de la personnalisation, c’est une forme de manipulation.

-  Ensuite, je pense que beaucoup d’entre vous ont entendu parler des « cerveaux disponibles » de Monsieur Le Lay, PDG de tf1, qui veut vendre des cerveaux, si nous acceptons de nous mettre devant ses écrans, à Coca cola par exemple.

-  Troisième affaire, c’est l’affaire du RER D qui a quand même été assez significative. On se rappelle qu’une jeune fille avait dit avoir été agressée par des Maghrébins et des Noirs. Les médias ont plongé dedans, les politiciens également parce que c’était présenté comme une attaque antisémite. Il se trouve que la jeune fille a affabulé. Mais qui a entendu les medias s’excuser ou les politiciens s’excuser ? Si vous en connaissez, je serais heureux d’en faire connaissance aujourd’hui.

-  On a également des manipulations du type, transformer des politiciens qui ne sont pas à la mode au niveau mondial, comme Hugo Chavez, accusé d’être antisémite en tronquant certain de leurs discours ce que Libération à fait il y a quelques mois.

-  Autres manipulations dont beaucoup doivent se souvenir, c’est celle du référendum l’an dernier, où les medias nous laissaient, comme certains l’on dit, formule que je reprends, « le choix entre le oui et le oui », sans parler de ce qu’on nous a dit ensuite après la victoire du non !

Alors, ça, c’est pour le type de manipulations, mais, par contre, je ne cherche pas à attaquer les journalistes, parce que le journalisme est absolument nécessaire. C’est simplement le système qui ne marche plus, disons que les journaux, les medias, donc télévisions, journaux et compagnie, sont trop dans les mains de groupes financiers et tout cela nous amène à ce que nous appelons la pensée unique.

Rapidement sur le contenu du site : Comme je l’ai dit au début, on trouve des informations d’associations, Greenpeace, les casseurs de pub, il y en a une dizaine ; on trouve des analyses et des réflexions politiques ou sociétales ; il y a également l’ouverture à des rédacteurs venant de l’étranger ; actuellement, j’ai quelqu’un du Maroc qui écrit et parfois des personnes de Tunisie. J’espère que d’autres arriveront. C’est, ensuite, un site également de lutte dans le sens où on, je dis on parce que nous somme nombreux sur le site, distribue des informations comme on l’a fait pour le CPE, contre les OGM, le nucléaire, les lois Sarkosy-Perben. Avec les lois Sarkozy, d’ailleurs, on n’est pas au bout parce qu’il y en a toute une série qui arrive encore...

En résumé, Altermonde est conçu comme un quotidien engagé, militant, mais, autant que possible, non dogmatique. C’est-à-dire que l’on n’a pas l’intention de servir une idéologie quelconque, il ne s’agit pas de transformer la pensée des gens, mais d’essayer, dans la mesure de nos possibilités, d’ouvrir leur conscience. C’est le but principal de ce site ! Au-delà de ça, on a une part culturelle avec de la poésie, ce sont des rédacteurs qui mettent leurs poèmes ; on parle également de livres engagés, de films engagés...

Altermonde-levillage est un site gratuit, et autant que possible je ferai tout ce que je pourrai pour le conserver, parce que je crois que l’information et, en tout cas sur internet, ne doit pas être une marchandise, mais un service. Voilà, ça c’est pour la partie Altermonde le village.

Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas vraiment suffisant. Donner des informations, c’est une chose intéressante, mais on arrive dans une période où je crois que nous sommes nombreux à sentir que les crispations arrivent et tout est de plus en plus tendu. Donc, il faut arriver, notamment politiquement, sur la résistance civile. La résistance civile, c’est la non-violence dans l’esprit. Cette idée de résistance civile s’impose dès que l’on réalise en conscience que la société dans laquelle nous vivons est responsable d’injustices très graves, d’abus de pouvoir, ou de dérives peut être mortelles. La politique menée par le pouvoir en place depuis 2002 agit, je dois le dire, en moi, comme un repoussoir dans plein de domaines. La majorité des prises de position, comme les décisions adoptées et imposées par le parti majoritaire et son chef, représente des dangers multiples.

-  danger pour la notion même de démocratie, vidée de tout sens, notion qui n’est plus qu’une coquille de plus en plus vide ;
-  danger également pour la mentalité française, le caractère français, que ce parti actuel mène vers un extrémisme de droite qui ne dira bien sur jamais son nom. Les amoureux de la liberté, de quels que bords qu’ils soient, ne peuvent que se sentir menacés par la politique imposée, une politique que le peuple n’a pas choisie si l’on veut bien se souvenir du contexte des dernières présidentielle.

Là, je tiens à lire ces énumérations parce que je pense que ce sont des choses importantes que nous sommes nombreux à avoir ressenti :
-  Qu’il s’agisse des lois sécuritaires ou des transformations de la justice en ersatz de la justice américaine ;
-  Qu’il s’agisse de la politique de l’immigration avec ses rafles en pleine rue, ces arrestations d’enfants dans leurs écoles ou des expulsions de sans papiers, voire du retour de la double peine à l’occasion des événements de banlieues en novembre dernier ;
-  Qu’il s’agisse de la politique économique dite de la « rupture » voulue par le chef de l’UMP, rupture qui signifie obligatoirement de nouvelles précarisations et appauvrissements d’une large part de la population française, qui est une politique calquée sur la politique américaine si on observe correctement les choses ;
-  Qu’il s’agisse de la politique agricole au travers des essais de plantes transgéniques, contre la volonté de 78% de la population française, toujours sous le diktat à peine voilé du gouvernement américain au service d’entreprises multinationales comme Mosanto ;
-  Qu’il s’agisse aussi de la politique étrangère au travers de l’imitation toujours plus marquée de la politique américaine, notamment au travers du rapprochement très net avec Israël et la distance qu’on prend avec les pays arabes ;

Oui, tout cela est un immense danger pour la patrie des droits de l’homme, si on tient à conserver un certain caractère français.

Alors, bien sûr, on pourrait se dire qu’il y a une solution probablement au niveau de l’alternance l’année prochaine. Donc, on peut espérer avoir le choix entre Sarkozy et Ségolène Royal. Mais seulement Ségolène Royal est-ce qu’il faut vraiment s’en réjouir dans la mesure où on se souvient qu’elle dit, et insiste, son admiration sur Tony Blaire. Tony Blair est quand même le bourreau en second de l’Irak. La situation économique anglaise a l’air d’être très belle, des chômeurs, si vous voulez, il y en a très peu, mais, en fait, on sait que de très nombreux chômeurs ne s’inscrivent plus parce que ça ne vaut plus la peine de s’inscrire et que d’autres sont rejetés automatiquement chez les handicapés ce qui permet quand même d’arranger les chiffres. Et puis, j’ai vu ce matin encore, que Madame Royale avait l’intention d’être plus ferme encore dans la politique sécuritaire que Monsieur Sarkozy, selon elle. Donc, pour ma part, Madame Royal et les socialistes qui se disent libéraux ne représentent pas vraiment un grand espoir de changement.

Ils ne sont pas une garantie pour un monde plus juste, plaçant l’humain avant l’économie.

Par ailleurs, rares sont les pays qui ne sont pas contaminés par la politique de mondialisation financière et marchande, et aucun parti politique en France n’est, aujourd’hui, en mesure de se dresser contre les géants de la finance qui le plus souvent sont alliés avec les gouvernements américains successifs. Nous sommes donc dans une situation, on peut le résumer comme cela, où un empire, l’empire américain, impose sa politique et ses seuls intérêts au reste de l’humanité avec l’aide d’organismes comme l’OMC, le FMI et la banque mondiale. C’est donc contre cette oppression organisée et entretenue par un empire que nous devons nous battre. Il faut le faire sur le terrain politique, judicaire ou par la résistance.

Inutile de nous battre avec des armes, l’armée américaine est toujours la plus puissante, ça, il n’y a pas de doutes, et puis même dans nos pays, on voit que, si on veut faire quoi que ce soit au niveau violence, les forces de l’ordre policières, gendarmes, etc, nous réduiraient en poussière en moins de deux. Par conséquent, toute révolte violente de notre part est vouée à l’échec, il faut en être conscient !

Il faut voir également, je crois, que si on choisit la non-violence, la résistance civile, il y a quand même un certain nombre d’avantages.

C’est que cette révolte des non-violents, si elle est bien menée, peut devenir mondiale et assez rapidement.

On a un avantage dans cette notion-là, c’est que l’on peut enfin oublier les nationalismes, les drapeaux, les hymnes nationaux, puisqu’il s’agit de défendre l’homme, l’humain. Et si l’esprit de non-violence est bien compris, la voie sera ouverte à une alliance des peuples, si nous le voulons.

Je donnerai une illustration : Imaginez que nous parvenions, ici et ailleurs, au même moment, à boycotter les produits, par exemple américains, puisqu’il s’agit d’eux, là, en l’occurrence. Et que nous nous contentions du strict nécessaire, ne serait-ce que pour ne pas risquer la minéralisation au travers de la richesse.

-  Que croyez-vous qu’il arriverait ?

Eh bien, cet empire ne pourrait rien faire !

Un pouvoir, quel qu’il soit, peut, par la répression, nous obliger à suivre telle loi, à payer des impôts, où des choses de ce genre-là, mais il ne peut pas nous obliger à consommer.

Ça, c’est rigoureusement impossible. Donc, si les peuples dans le monde, si un certain nombre de peuples dans le monde prenaient conscience de ce pouvoir-là, bien des choses pourraient changer...

Ce qui est vrai pour cette consommation est vrai dans plein de domaines, c’est le ressort même de la non-violence. C’est que les peuples, nous individuellement, nous ne réalisons pas la puissance que nous avons et a contrario, nous ne réalisons pas non plus quel est notre degré de complicité au travers de l’obéissance de toute une série de loi. C’est d’ailleurs pour cela que Gandhi disait qu’il fallait résister contre les lois mauvaises. Encore faut-il comprendre qu’elles sont ses lois mauvaises.

Je comprends que ceci peut choquer, une telle campagne, surtout que ça semble extrêmement difficile, ça semble utopique. Mais il faut comprendre que la non-violence n’a rien à voir avec un aimable moment de tea-time pour dignes bourgeoises anglaises. User de la non-violence pour l’action politique, c’est déclarer une guerre sans actes violents, contre des pouvoirs établis, contre des pouvoirs abusifs, mais c’est une guerre acharnée. La non-violence est tout sauf l’inaction ou la douce rêverie.

Il faut également, je crois, avoir conscience de plusieurs dangers graves qui sont en train de s’installer, des dangers qui ne se présentent pas seulement au niveau national, mais également au niveau international. Pour ma part, j’en vois trois majeurs aujourd’hui :

-  l’appauvrissement, celui que nous vivons déjà, nous aussi, dans les pays riches, l’appauvrissement des populations, dans tout les pays ;

-  mais aussi, pour que ce système d’appauvrissement par les pouvoirs puisse se pérenniser, on va subir une surveillance accrue, un contrôle total de nos personnes au travers des caméras de surveillance, des cartes d’identités numériques, et biométriques, mais aussi des puces sous-cutanées que les pouvoirs vont tenter de nous imposer. C’est déjà le cas actuellement aux Etats-Unis où il y a des individus qui acceptent de se faire inoculer ces puces qui sont de la taille d’un grain de riz. Bien sûr, c’est toujours présenté comme un avantage pour la santé ou pour la sécurité. Mais il est évident que ces personnes-là, on peut les suivre, on peut tout faire, on peut tout savoir d’elles ;

-  enfin, troisième danger majeur qui est déjà bien en place et qui cherche aussi à se pérenniser complètement, c’est le danger de la perte de souveraineté alimentaire. Souveraineté qui passe dans les mains de quelques semenciers, cinq multinationales de l’ogm. Il faut voir que dans ce domaine-là, ils n’ont pas envie de s’arrêter, puisque, actuellement, la technologie « terminator » est de nouveau remise à l’étude. C’est-à-dire ces plantes qui ne peuvent pas se reproduire d’une année sur l’autre. A partir de là, les paysans, d’où qu’il soient, sont obligés de racheter des graines aux entreprises de semences, à Monsanto ou d’autres, et sont donc totalement dépendants. C’est un danger, je crois !

Si nous ne résistons pas dès maintenant, par rapport à ces trois domaines, c’en sera fait de la liberté des humains, sauf pour les petits groupes au pouvoir.

-  Alors, qu’est-ce que c’est que la résistance civile, et pourquoi est-elle, à mon sens au moins, nécessaire ?

Gandhi englobait la non-violence et la désobéissance civile dans un tout qu’il nommait la résistance civile. Alors pourquoi civile et pas un autre mot ? Tout simplement parce que, dans son esprit et dans l’esprit de tous ceux qui se réfèrent à lui, qui sont dans sa tradition de combat non-violent, il s’agit de se battre farouchement, mais sans acte de violence, sans toucher à l’intégrité physique ou a la vie des opposants, adversaires ou ennemi. C’est un combat nécessairement civilisé, ce qui n’est jamais le cas de la violence, qu’on la cache sous les drapeaux, le nationalisme ou n’importe quel autre prétexte. La violence est toujours quelque chose qui n’est pas civilisé. Alors, bien sûr, acquérir l’esprit de non-violence n’a rien d’évident. C’est une révolution de l’esprit, de la façon de penser, de la façon d’être.

Il s’agit ni plus ni moins que de diminuer la part instinctive qui est en nous pour la remplacer par plus d’esprit. On peut aussi affirmer qu’il s’agit de quitter l’esprit de l’avoir, celui qui attise toutes les convoitises et violences automatiquement, pour un surplus de l’esprit de l’être. C’est en cela, notamment, que l’esprit de non-violence ne peut être qu’un adversaire résolu et définitif de la société de consommation.

L’un des slogans de l’altermondialisme est le suivant : « Un nouveau monde possible ».

Mais nous n’aurons pas même la possibilité de l’approcher ce monde mythique, si nous ne cherchons pas à prendre un esprit non-violent, c’est-à-dire si nous ne cherchons pas à faire cette révolution de l’esprit qui commence par nous-mêmes. On ne peut pas attendre que les autres commencent. La non-violence commence obligatoirement par soi-même et c’est un travail de tous les jours.

-  Alors, si on ne prend pas cet esprit de non-violence, comment vouloir créer ou imaginer un nouveau monde, donc de nouvelles façons de vivre en communauté, d’envisager de nouveaux rapports au travail, à l’argent, au pouvoir et à la vie elle-même, si nous poursuivons ce que toutes les générations on fait jusqu’ici, à savoir utiliser la violence ?

C’est tellement vrai que, si vous regardez bien la fameuse compétition tant prônée par les néolibéraux, ce n’est rien d’autre que la continuation de l’état de guerre entre humains. Il s’agit de faire en sorte que certains individus puissent vaincre les autres. C’est sur le plan économique, mais on sait très bien que ça laisse les gens sur le tapis.

-  Pourquoi je souhaite, pour ma part, m’engager dans la résistance civile ?

C’est surtout parce que je sens qu’Internet a des limites.

Un site comme le mien a du sens, mais il touche quand même très peu de gens : C’est à peu près 1500 personnes par jour, mais ça fait quand même bien peu de monde. Donc, il faut essayer d’aller sur le terrain et agir concrètement, que ce soit par des conférences, que ce soit par des actions plus tard. Nous n’avons pas le droit de nous payer de mots, nous devons être autant que possible des exemples, je dis bien autant que possible parce que nous ne sommes que des humains. Mais il faut tout de même tenter d’être des exemples dans les actions que nous allons faire, que nous allons tenter de faire dans les années à venir. Ainsi la non-violence, par le respect absolu de l’adversaire ou de l’ennemi, est un appel aussi, il faut s’en rendre compte, à plus d’amour. Je sais, ce mot gêne souvent sous nos latitudes, mais je crois qu’il ne faut pas en avoir peur. Il faut apprendre à aimer, dans le sens le plus large du terme. C’est-à-dire qu’il y a la spiritualité qui intervient, mais ce n’est pas forcément la spiritualité dans le sens religieux. La spiritualité est quand même un plus de l’être et est, je crois, nécessaire. C’est une aide, à la fois pour comprendre les autres, mais aussi pour trouver une force intérieure qu’on n’aurait peut-être pas autrement. Elle n’est pas absolument nécessaire, cette spiritualité, pour entrer dans un combat non-violent, mais c’est quand même un plus...

Donc la non-violence doit nous mener à un changement complet, notamment sur le plan privé. Et le champ d’application est quand même important sur le plan privé, par ce qu’on se rend compte du nombre de violences que subissent les femmes, que subissent aussi les enfants, ou encore le harcèlement moral dans les entreprises. C’est quand même quelque chose d’extrêmement violent quand on pense que les personnes qui en sont victimes en arrivent, pour certaines, à ce suicider.

Pour tout ça, il est déjà nécessaire, je crois, de chercher à avoir cet esprit de non-violence, même dans notre vie privée. Mais c’est quand même dans le domaine politique que la non-violence, quand elle est comprise et appliquée par des masses de gens, que ça devient très intéressant, mais aussi très noble si on se souvient de ce que Gandhi a fait, de ce que Martin Luther King a fait, avec tous leurs amis, tous leurs alliés. Ce sont quand même des choses assez extraordinaires. C’est là qu’on se rend compte de la puissance de la non-violence.

Pour terminer, je voudrais encore ajouter ceci : On peut, si on a la volonté de se moquer des non-violents, et c’est quand même assez souvent le cas, leur reprocher le manque d’efficacité et surtout le manque de rapidité dans les résultats tout en prédisant leurs échecs. A ça, moi, je peux répondre par deux phrases :

-  Nous ne sommes pas tenus de réussir, mais nous sommes tenus de faire !

-  Et si nous ne pouvons être certains d’aboutir par nos actions, nous sommes certains d’échouer en ne faisant rien.

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Question d’une jeune femme : Alors moi, j’avais deux questions à vous poser. En fait, vous parliez tout à l’heure des politiques sécuritaires de Monsieur Nicolas Sarkozy, et du programme également de Ségolène Royal. En fait, moi, la question que je me posais, elle était pragmatique. Si vous, vous aviez un cas d’exaction commis dans la ville où vous êtes maire, qu’est-ce que vous feriez pour ces personnes ? Ça rejoint un peu le droit de punir qu’évoquait Michel Foucault. Que proposeriez-vous pour régler un problème de violence, genre les émeutes ? Est-ce que l’on peut changer de cadre de référence dans un cas comme ça, c’est-à-dire pour une bande de délinquants ? En fait, est-ce qu’on peut vraiment régler le problème par la non-violence ? Est-ce qu’on n’est pas, finalement, prisonnier du même système de référence ? Comment faire la rupture, en fait ?

Jean Dornac : Comment ? C’est difficile de répondre, parce qu’en fait, ça dépend de chaque situation qui est à étudier. Il n’y a pas une solution toute faite, donc il faut déjà voir quel est le milieu où est le problème, voir si les gens, vous parliez de banlieue par exemple, s’il y a des éducateurs qui on déjà pu faire du travail, s’ils sont écoutés ou pas. Donc, ça dépend de beaucoup de choses. Mais je crois que nous sommes dans une époque où, dans un pays comme la France, nous ne sommes pas encore tout à fait prêts pour ce travail de non-violence. C’est un travail qui doit se faire, c’est une culture que nous devons apprendre, une philosophie que nous devons apprendre parce qu’elle ne nous est pas tout à fait naturelle. Ce qui est naturel, c’est la violence, ce n’est pas la non-violence. Donc, on a tout un chemin à parcourir. Je crois de toute façon que même si on prend des cas comme Gandhi et Martin Luther King, chacun à leur époque, dans leurs pays, ils ont dû réfléchir. Si vous voulez, la non-violence, c’est une œuvre de création, une œuvre de réflexion à chaque situation. On ne peut pas dire, « bon, il y a tel évènement alors on va faire telle chose ». Non, ça demande de la réflexion, ça demande l’étude du cas. C’est très difficile de répondre comme ça brutalement. Je ne sais pas si j’ai répondu...

La même personne : Oui vous avez répondu. Apres, moi je trouve ça très intéressant, tout ce que vous avez dit. La question de la non-violence, il me semble que c’est un peu lié à la théorie des jeux qui dit que « derrière la non-violence, il y a la question de la coopération entre des entités différentes ». Par exemple, si on prend la question du désarmement au niveau mondial, ok on peut, peut-être, désarmer la France, mais après, si les gens d’à côté ne font pas la même chose... On est toujours tributaire des attitudes qu’on va supposer être celles des autres parties prenantes dans une situation donnée. C’est sûr qu’il faut développer ça aussi au niveau de l’éducation et de la philosophie, mais aujourd’hui, je ne vois pas comment on pourrait sortir, par exemple, de la course à l’armement, concrètement, quoi...

Jean Dornac : Disons que, concrètement, il est certain que quand on parle de ça, ça signifie qu’un pays ou certains pays sont prêts à prendre des risques. Il faut que certains commencent.

-  Alors, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

Moi, ce qui me paraît évident, c’est que si on ne va jamais dans cette direction, on ne va pas cesser d’armer et donc on sera de plus en plus en danger. Ça, c’est certain. Il n’est pas certain que si un pays commençait à désarmer, qu’il se ferait automatiquement attaquer. Ce n’est pas certain non. Ensuite, même s’il se fait attaquer, il y a aussi d’autres formes de combat. Bon, je ne dis pas, c’est nécessairement difficile, mais on voit aujourd’hui au niveau de l’armement, que le danger, il n’est pas du côté de ceux qui auraient tendance à désarmer, mais il est du côté de ceux qui possèdent des arsenaux pas possible. Il est là le vrai danger ! Donc, il faut quand même aller dans cette direction. Le mieux serait qu’il y ait des ententes entre pays pour diminuer régulièrement leurs arsenaux, mais ce n’est pas évident comme vous vous en doutez...

Un intervenant : Oui, c’est pour apporter une réponse à la jeune femme qui a posé la dernière question. Il y a un exemple historique, il n’y en a pas qu’un, mais un qui me vient à l’esprit. Une rencontre d’une résistance non-violente avec un pouvoir extrêmement violent qu’étaient les nazis pendant la seconde guerre mondiale dans un des pays d’Europe du nord. Je crois me souvenir que c’était la Norvège, occupée par les nazis et dans laquelle le corps enseignant, dans sa quasi-totalité, a résisté à la propagande nazie dans les écoles, de façon toute simple en refusant de le faire, en prenant le risque de grandes rafles, d’arrestations et de fusillades de population. Et bien, même les nazis ont hésité, et ont finalement renoncé à pratiquer les exterminations habituelles en pareille situation. Voilà un exemple, si tu veux, où une action non-violente contre un pouvoir violent agit également sur ce pouvoir violent, parce que même les nazis avaient besoin de la collaboration dont tu parlais et qu’ils se discréditaient à partir d’un certain seuil de massacre, et voilà.

Juste un autre exemple sur quelque chose de plus actuel, sur les diverses manifestations qui ont eu lieu lors de chaque rencontre internationale de l’OMC, du G8. Tu sais peut-être qu’en Europe, à plusieurs reprises, et d’ailleurs pour la première fois, les accords de Schengen, qui sont des accords qui organisent la liberté de circulation des personnes au sein de l’Union Européenne et qui prévoient leurs levés, et donc leur interdiction dans des cas de guerre, de terrorisme et autre, ont été appliqués aux altermondialistes souhaitant se rendre, en Espagne, à Prague, en Italie, aux frontières. Donc, on nous a opposé des interdictions de roulage sur les autoroutes avec les bus, des contrôles aux frontières, une multitude de situations où le simple fait de ne pas compter passer en force, mais simplement de se présenter systématiquement aux frontières tout de même, a rendu la décision des autorités européennes politiquement intenable. C’est-à-dire quelque chose de prévu pour des gens beaucoup plus violents que nous, le simple fait de le pratiquer et de se laisser bloquer aux frontières simplement, bon on essayait de passer, mais on se réunissait, on accueillait les bus, on faisait des réunions. On en a fait à Perpignan et bien d’autres frontières. Ce sont des mécanismes concrets où on voit qu’une action non-violente a plus de force qu’il n’y parait à première vue.

Jean Dornac : D’ailleurs, je voudrais ajouter quelque choses dans ce sens. J’ai lu ça il y a quelques jours à peine. Après la guerre, à deux généraux qui ont été arrêtés et interrogés par les forces américaines, on a posé la question suivante :

-  « Quel problème vous a posé la résistance civile, la désobéissance civile, dans certains cas, notamment le cas dont vous parlez, celui des professeurs, des instituteurs. Est-ce que c’était facile ou pas ? »

Ces deux généraux disaient : « Non, pour nous, c’était vraiment très compliqué parce que nous sommes formés pour nous battre contre leurs violences. Nous sommes nous-même des violents, donc nous ne pouvons comprendre comment fonctionne, je schématise, la non-violence.

Donc, les non-violents, quand c’est bien réfléchi, bien appliqué, c’est certain que ça ne se fait pas comme ça, c’est une grande réflexion, mais quand c’est bien fait, elle déroute les pouvoirs parce que les pouvoirs, qu’ils soient militaires ou politiques, ne vivent pas de cet esprit-là. Ils vivent d’un esprit de rapport de forces toujours basé sur la force physique, la force violente, celle des policiers, celles des militaires, et l’esprit de non-violence leur échappe totalement. Et, pour un militaire, ça pose d’énormes problèmes parce qu’il ne sait plus quoi faire. C’est là qu’on voit, rien qu’à ce petit exemple-là, que la non-violence peut être extrêmement puissante. Mais il est évident que nous, ici en occident, notamment en France, nous sommes, je dirais pratiquement des nains dans ce domaine. On doit apprendre, on doit réfléchir, on doit étudier tous ces domaines pour comprendre que l’esprit est certainement beaucoup plus fort que le physique. Tout a été basé, jusqu’à présent, dans les rapports physiques, la violence, alors que si on base sur la réflexion, sur l’esprit, le respect de l’autre on acquiert une force qui est énorme ! Il faut y croire, mais on a des exemples, donc on peut y croire.

Une femme : Oui, ça m’intéresse beaucoup. Mais en fait, moi, j’essaye au niveau personnel de vivre la non-violence et aussi au niveau de la consommation, mais je me sens justement un peu isolée et, par exemple, vous, je ne sais pas si on vous a vu passer sur les médias ? On ne vous voit jamais à la télé ; je ne vous ai jamais vu, Monsieur Viveret non plus. Vous n’avez pas accès, je suppose, aux médias plus connus, ou à France-Inter ou un autre ?

Jean Dornac : Absolument, il n’y a pas moyen de passer...

La même personne : Et après, au point de vu personnel, quand on a senti naître cet esprit en soit, comment, vous parlez de désobéissance civile, etc, enfin, moi j’ai l’impression qu’il faudrait que je me fédère à quelque chose pour qu’on ait de la force parce qu’on a l’air d’être nombreux à être intéressés et puis comme on est dispersés, finalement, on a pas tellement de pouvoir.

-  Comment mettre ça en œuvre pour que ça grossisse plus ?...

Jean Dornac : Justement, si vous voulez, c’est aussi l’un des buts de mon site, il n’est pas le seul. Je l’ai mis sous le signe de la non-violence depuis le début de l’année, même si je suis convaincu de ça depuis beaucoup plus longtemps. Je me suis rendu compte que, vraiment, le combat, si on veut avancer doit être dans cet esprit. Petit à petit, et le festival Camino en est la preuve, on est en train, en France, d’essayer d’installer cet esprit, de faire connaître l’esprit de non-violence, et donc, c’est en venant dans des mouvements comme ça, ici, par exemple, je ne sais pas d’où vous êtes, mais si vous êtes de Toulouse, vous avez le Centre de Ressources sur la Non-Violence qui est un endroit extrêmement intéressant, pour apprendre la non-violence, mais pour connaître les réseaux aussi. Parce que, c’est certain, que je me vois mal à la télévision !

Je suis plutôt catalogué dans les gens d’extrême gauche, pourtant je n’ai pas d’opinions de ce type, je ne fais pas partie d’un parti politique, mais on est très vite catalogué.

Dès le moment où on dit des choses un petit peu dérangeantes, on nous glisse là où on est le plus rebutoire, donc on ne passe pas à la télévision.

Mais je crois que ce n’est pas une catastrophe. Je pense qu’il faut que, dans les années à venir, nous soyons plusieurs, dix, quinze ou vingt, je ne sais pas, personnes, hommes, femmes à sillonner la France, à parler aux gens, petit à petit pour faire avancer cet esprit. J’espère qu’on a encore ce temps devant nous avant que la violence n’éclate, parce que je pense que la violence, on y va. Mais il serait souhaitable que le plus grand nombre de personnes possible puisse se battre effectivement et efficacement, mais sans violence, parce qu’on peut le faire. Il faut l’apprendre, et moi en premier ! On a tous à apprendre, je crois que c’est un petit peu comme le chemin de l’amour. Quelquefois, on dit que le sens de la vie c’est d’apprendre à aimer, mais on arrive jamais jusqu’au bout, tellement c’est vaste. Avec la non-violence, c’est pareil, c’est un chemin à prendre, d’où le nom d’ailleurs de Camino pour le festival ; c’est un chemin à prendre où nous devons progresser, où nous n’arrivons jamais au bout, mais plus on avance, plus la situation générale peut aller en s’arrangeant aussi un peu.

Un faucheur : C’était la dernière question, mais j’en pose quand même une. Je fais partie des faucheurs volontaires d’ogm. Ça n’a pas du tout été évoqué ! C’est quand même un mouvement non négligeable en France qui, je pense, est quand même un mouvement profondément non-violent, même si parfois il fait un peu de mal à des épis de maïs. Disons qu’il est quand même profondément non-violent et les derniers procès, au moins en première instance, ont montré que nous étions plutôt des défenseurs du bien commun. C’est ce que nous revendiquons, bien entendu, alors que normalement on essaye toujours de nous faire passer pour des délinquants. Il faut reconnaître que les médias sont plutôt sympathiques avec nous, beaucoup plus que, par exemple, pour le traité constitutionnel, comme vous le savez, mais je pense que ce serait bien que vous disiez un petit mot, quand même, sur les faucheurs volontaires.

Jean Dornac : Et bien, sur les faucheurs volontaires, c’est évident que c’est un mouvement non-violent, et d’ailleurs, bon je n’en ai pas parlé ici, mais sur le site, je l’évoque beaucoup le combat des ogm. C’est aussi un peu au travers de la personne de José Bové, beaucoup de gens l’ignorent, mais c’est un non-violent. Il y a aussi Jean-Baptiste Libouban qui est à la base des fauchages. C’est évident que ce sont des mouvements non-violents, c’est de la désobéissance civile.

Je suis persuadé qu’on va de plus en plus être obligés d’aller vers la désobéissance civile. Sur les ogm, on n’a pas le choix puisqu’ils veulent nous l’imposer. Même s’il y a eu des décisions favorables, ces derniers temps, à Orléans et Versailles, ça n’a rien donné puisqu’on a vu que le Procureur vient de demander des peines plus lourdes en deuxième instance. Il y a au moins une chose qui est gagnée par la non-violence des faucheurs : C’est que la cause est sympathique auprès des Français ! Et ça, c’est important, parce qu’une bataille non-violente est une bataille qui se gagne au niveau médiatique. D’où l’importance, aussi, d’avoir nos propres medias. Il faut que ce soit relayé ! Imaginez que vous avez fauché des champs et que personne n’en parle. On serait mal ! Il faut en parler ! Le malheur pour nous, c’est qu’on n’a pas des medias d’importance à notre disposition, mais c’est vrai que les faucheurs sont quand même, dans l’ensemble, médiatisés.

-  Mais pourquoi ?

Parce qu’il y a des personnalités, comme José Bové, Noël Mamère et beaucoup d’autres. En, tout cas, c’est une cause non-violente, une cause de désobéissance civile, nécessaire et utile et c’est en même temps une leçon pour les Français, pour nous tous qui n’y connaissons que peu encore.

La même personne : Juste une petite précision qui va dans le même sens que vous avez dit à propos des deux généraux. Du temps que Héronce André ( ? ) était encore ministre de l’Intérieur, nous avons eu des échos comme quoi il fallait absolument casser les faucheurs. C’est une espèce mal identifiée qui fait quand même peur à nos autorités par le fait que c’est un mouvement non-violent !

Jean Dornac : Bien sûr, le pouvoir ne peut pas accepter qu’il y ait de telles réactions, et comme dit, les non-violents lui posent de toute façon, automatiquement, de très gros problèmes, d’où des hésitations. Au début des fauchages, il n’y avait pas d’interventions policières, maintenant elles y sont, de plus en plus violentes. Maintenant, il y a aussi le tribunal, mais le tribunal, comme il y a la clause de nécessité, je ne sais plus, ça a un terme juridique, qui permettait justement au tribunal d’Orléans de relaxer les faucheurs. Donc, si vous voulez, les pouvoirs dans tous les sens ne savent pas trop où aller parce qu’il y a cette nécessité de protection de la santé publique, en même temps, c’est contraire aux lois... Bref, il y a un mélange de choses, mais la cause avance, au moins dans l’esprit des Français. Ça, c’est l’important ! Voilà merci.

-  Conférence précédente : Festival Camino de la non-violence : Conférence de Patrick Viveret

-  Conférence suivante : Festival Camino de la non-violence : Conférence de Pierre Rabhi ( 1 )

source :
-  Altermonde.Levillage



Publié le 20 juin 2006  par Jean Dornac


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