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De la torture considérée comme un travail !

Catégorie société
Il y a (6) contribution(s).

(JPEG) Les bonnes âmes charitables vont avoir (encore) l’occasion de s’indigner. Après un Aussaresse, voilà un autre tortionnaire (1) qui témoigne de son boulot auprès des autorités de son pays, en l’occurrence, içi, le Maroc, dont le Roi est un grand ami de la France, la Patrie réputée pour sa théorie du « droidelomisme » cette idéologie qui fait passer la répression pour de l’humanitaire.

-  De quoi s’agit-il ?

D’une série de questions posée à un ancien agent de police judiciaire, au Maroc, affecté à un commissariat d’arrondissement, sur la particularité de son travail, à savoir obtenir des aveux par tous les moyens possibles, afin, dit-il d’ « éviter qu’un événement grave ne se produise. »

A première vue, on ne saurait reprocher à un homme de mettre ses talents au service d’un grand ami de la France, à savoir le royaume du Maroc, afin d’éviter que ce royaume ne soit victime de ses ennemis.

C’est l’histoire d’un fonctionnaire de police tout ce qu’il y a de plus ordinaire, un fonctionnaire qui ressemble à tous les fonctionnaires de police de la vieille Europe, et même de la nouvelle Europe - à savoir les USA- qui exerce son travail fidèlement, comme sa hiérarchie le lui demande, -dossier médical du détenu soumis à la question- à l’appui.

La seule différence d’avec ses collègues du monde civilisé n’est donc pas dans ce qu’il fait -à savoir obéir à des ordres- fussent ceux de faire usage de la torture, mais dans le fait qu’il en parle. Et, ce qu’il dit est très simple à comprendre : pour lui, les suppliciés ne sont que des ennemis redoutables qui rêvent de mettre le Maroc à feu et à sang. Son travail est donc des plus louables.

C’est donc en fidèle serviteur de l’Etat qu’il exerçait son activité. C’est en fidèle serviteur de l’Etat qu’il pratiquait la torture, dont le viol, qui n’était pas une torture réservée aux seules femmes. Il est bon de rappeler que le viol est aussi pratiqué sur les hommes. Son but n’était pas de torturer, mais d’obtenir des aveux. Et d’ailleurs, il est, à juste titre, scandalisé par ceux qui éprouvent un plaisir à torturer. Il semble même que ce sadisme soit une spécialité française.
-  Comment ?
-  Une spécialité qui viendrait de la France, ce bon pays si accueillant ?

C’est insensé ! La France a banni la torture depuis longtemps ; il n’y a que les prisonniers, pour se plaindre de subir la torture...

-  L’enfermement à vie, n’est-ce pas, ce n’est pas de la torture ?... Suffit de demander à Jean Marc Rouillan ce qu’il en pense...

C’est à juste titre qu’il refuse qu’on le prenne pour un monstre. Un monstre, cela signifierait qu’il prend la liberté d’agir à sa guise et par plaisir, à l’exemple de Marc Dutroux.

Or, il ne fait que remplir un devoir, une fonction, un travail. Et si ce travail lui procure du plaisir, c’est en plus, non à la base.

Cela rappelle la gestion des camps nazi d’exterminations, telle que nous l’a relatée Robert Antelme dans son terrible témoignage au titre évocateur, « L’espèce humaine ». Et, justement, comme dans ce témoignage, notre fonctionnaire de police (au passage, entièrement fabriqué par la police française, grâce à la "positive attitude des colonies"), reconnaît que des relations sexuelles pouvaient se nouer entre détenu et tortionnaire.

Parfois, une complicité se faisait entre ce fonctionnaire et le détenu qu’il devait torturer, jusqu’à évoquer sa propre mère comme une excuse à ce rapport si charitable. On peut être tortionnaire, on n’en reste pas moins homme.

Homme soumis à la terreur de risquer se retrouver de l’autre côté, du côté du supplice, exactement comme un salarié d’aujourd’hui craint de se retrouver chômeur.

Tortionnaire, c’est, comme il le rappelle, un métier, pas une manifestation pathologique. Il le dit, il n’est pas fou. Il a appris à lire en français, et son fils à un niveau Bac ; rien que de très ordinaire. Car, comme pour beaucoup de travailleur, il partage sa vie avec une femme, et il a un fils.

Bref, ce fonctionnaire est absolument comme n’importe quel prolétaire, un être ordinaire, vil et veul, qui ne tire aucun bénéfice de son boulot, comme sa situation d’esclave salarié l’exige.

Il rappelle que les patrons de la terreur, en bons patrons, se sont recyclés en bons petits commerçants, avec Mercedes et autres comptes en banque bien fournis.

C’est ça, la magie de la démocratie, transformer l’individu le plus vil, en personnage respectable,

lorsque les temps imposent de changer le décor pour que triomphe la seule chose qui fait que ce monde existe, la seule chose qui fait que la torture existe, la seule chose qui provoque des guerres : la valeur de l’argent.

La terreur et la torture sont au centre des démocraties modernes, non une exception pratiquée sous des régimes totalitaires.

Gilles Delcuse réagit à l’interview : DANS LA TETE D’UN TORTIONNAIRE -20six.fr/Basta



Publié le 1er juillet 2006  par Gilles Delcuse


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Forum de l'article
  • De la torture considérée comme un travail !
    2 juillet 2006, par paul

    Quelques réactions en vrac pour en rajouter un peu dans votre sens...

    Cela me rappelle les procès de Nuremberg, les écrits de Hanna Arendt, le cas Eischmann, et tant d’autres...

    "Faire son boulot"...

    Or on est "quelques uns" à savoir que l’on est pas embauché sur des critères purement techniques...

    Mais beaucoup plus sur des éléments non dits de reconnaissances culturelles et psychologiques ...

    De nombreuses expériences sur la résistance de chacun à l’autorisation de faire quelque chose de discutable... la résistance à l’autorité... la droiture humaine...

    Montrent que mieux est intégrée la "valeur" du bien fondé d’une structure sociale, donc éthique...

    Moindre est la résistance critique à "l’ordre"

    Alors je me dis qu’il n’y a pas que l’argent moteur de tout cela.

    Mais encore et aussi le conformisme, le confort de la terreur d’être bien noté parmi les autres...

    Je ne pense pas que les tortionnaires soient recrutés au hasard des rencontres mues par la faim... je ne veux pas dire qu’ils postulent à annonces : justement, on ne le demande pas à n’importe qui...

    Car quand commence-t-on à torturer psychologiquement quelqu’un dans le quotidien pour qu’il intègre, qu’il se soumette aux valeurs "normalisées" par le nombre ?

    Ce n’est plus de la démocratie, c’est de la pression démagogique ou je ne sais comment dire autrement...

    C’est quotidien et insupportable souvent

    Alors ajoutez-y un grain de plaisir de dominer, de faire mal, de détruire, de terroriser, de posséder...

    C’est beau l’humanité

    Hurler permet parfois de moins sentir la souffrance

    Parfois d’alerter

    Parfois de réveiller quelque chose de simple et d’animal dans les ténèbres du barbare conformiste

    Bonne continuation à vous Gilles

    • De la torture considérée comme un travail !
      15 juillet 2006, par nul

      Attention ! L’interview qui suit comporte des passages violents, parfois choquants. Sa lecture est déconseillée aux mineurs et aux personnes sensibles.

      http://20six.fr/basta/cat/201087/0

    • e-torpedo-le webzine sans barbel s - Forum
      18 septembre 2014, par margrt

      Bareme officiels taux en compagnie de credit conso actuels appliques dans ces banques ensuite organismes a egard de financement. Malgre financer bizarre voiture ou officiels travaux optez plutot autre credit consommation meilleur taux [1] part un credit auto ou bien credit travaux au contraire apodictiques taux en consequence plus lapidaire !

      Ensuite embellie pourrait continuer. Utorient cette premiere fois a partir de la epilogue manifestes annees 40 qui ces taux decisifs credits restent aussi precaire pendant aussi longtemps, a exclusion de ecueil a egard de remontee rapide, explique Credit Logis qui credence sur de bonnes exigence en compagnie de financement au moins jusa automne. Cela intermediaire etudie ensuite negocie pres toi-meme cela paiement a egard de creditle plus adapte a votre profession. A celui-ci titre, celui percoit, quand dela signature en tenant offre en meme temps que pret, bizarre remuneration inclue dans lefinancement. si elle levant inferieure ou egale a 12 mois, le taux interet sera inferieur a 4 %, a formalite lequel le escarpe en meme temps que emprunt ou pris entre 6 000 puis 75 000 . nous vous donnons immediatement unique conseil but sur cette faisabilite en meme temps que votre projet immobilier ;

  • De la torture considérée comme un travail !
    15 juillet 2006, par nul

    Qu’est-ce que vous croyez, qu’on est des monstres ?"

    Ses débuts dans “le métier”, ses différentes “techniques”, ses justifications, ses doutes, ses remords, son alcoolisme... Pour la première fois au Maroc et en exclusivité pour TelQuel, un ancien tortionnaire déballe tout. Accrochez-vous.

    Début juin 2006, au Maroc, dans une maison isolée à la campagne. L’homme veut écouter de la musique. Un disque d Kalthoum, “pour se détendre”, dit-il. Il réclame de l’alcool - du gros rouge, comme il avait l’habitude d’en boire avec ses collègues avant chaque séance de torture. Il commence à boire avant même que l’interview ne commence. Presque rageusement, il siffle deux grands verres, comme pour noyer ses dernières inhibitions. Puis ça commence...

    Comment êtes-vous devenu un tortionnaire ? Attendez un peu ! On n’a pas encore commencé et vous me parlez déjà de torture !

    D’accord. Vous étiez, à la base, un fonctionnaire de police ordinaire. Comment vous êtes-vous retrouvé dans un centre de détention réservé aux prisonniers politiques ? Je suis entré en service au début des années 70. La période la plus “chaude” a commencé au milieu des années 70, et s’est terminée au début des années 90. Ce que vous appelez la torture, ce n’est pas moi qui l’ai choisie. C’est elle qui m’a choisi.

    Comment ça ? Au début de ma carrière, j’étais un simple agent de police judiciaire, affecté à un commissariat d’arrondissement. Le responsable en chef d’un centre de détention pour prisonniers politiques, qui se trouvait dans la même ville, se plaignait souvent du manque d’effectifs. Les supérieurs lui ont demandé de faire le tour des commissariats pour recruter. Mon commissaire a jugé que j’avais la carrure qu’il fallait. Comme il voyait aussi que les délinquants dont je m’occupais avouaient très vite, il m’a désigné. C’est comme ça que je me suis retrouvé à m’occuper des prisonniers politiques.

    Y avait-il une formation à suivre, avant de “s’occuper” des prisonniers politiques ? Non, nous étions choisis comme ça... Il fallait juste faire preuve de discipline et d’une fidélité à toute épreuve, être bien bâti physiquement et, surtout, ne pas avoir de mauvaises fréquentations. Une fois dans le bain, on apprenait vite.

    Vous souvenez-vous de votre première séance de torture ? [Il balaie la question d’un geste irrité]. Je vous ai dit qu’au début de ma carrière, à la PJ, j’avais souvent à traiter des délinquants, des voleurs, des violeurs d’enfants... Si vous appelez “torture” les baffes et les coups de pied que je leur donnais, eh bien non, je ne me souviens pas du tout de la première fois.

    Et avec les prisonniers politiques, quelles étaient vos méthodes ? On avait le droit d’utiliser toute une panoplie des mauvais traitements physiques : les coups de poing, le fouet sur la plante des pieds, la cigarette écrasée sur la peau, l’hélicoptère [NDLR : pratique consistant à attacher le supplicié à une hélice de ventilation accrochée au plafond, puis à le faire tourner], la bouteille enfoncée dans l’anus, les viols, l’étouffement à la serpillière imbibée d’urine ou d’éther, etc. La plupart du temps, les détenus subissaient des séances de torture une à deux fois par jour [NDLR : cette fois, il lâche le mot “torture” sans tiquer. Tout au long de l’entretien, il l’emploiera, puis le récusera alternativement, sans logique particulière]. Souvent, on les interrogeait très tard dans la nuit. On les enfermait dans des cellules de quelques mètres carrés, sans lumière, sans toilettes et sans matelas. Seul un carton leur servait de lit. Les plus chanceux avaient droit à une couverture et pouvaient garder leurs vêtements. Un seau en fer leur servait de toilettes et on devait le vider deux fois par jour. Les suspects étaient contraints de garder les yeux bandés, même dans leur cellule. Les consignes étaient strictes : il fallait les empêcher de communiquer avec quiconque. Même nous, nous n’avions pas le droit de leur parler.

    Y avait-il des techniques de torture adaptées à chaque cas ? Non, pas vraiment. Par contre, il y avait une gradation dans l’intensité de la torture. Certains détenus craquaient au cours de la “mise en main”. C’est la première phase, celle où on se contente de gifler le prisonnier, de lui cracher à la figure, de l’insulter, de lui appuyer sur une plaie... C’était parfois suffisant pour qu’il devienne docile et fasse ce qu’on lui demande. Pour les durs à cuire, on passait très vite à la deuxième étape. Autrement dit la manière forte, avec toute une variété de moyens, certains simples, d’autres complexes : flagellation, hélicoptère, noyade dans un seau d’excréments...

    Vous fixait-on des limites à ne pas franchir ? Oui, on nous confiait chaque détenu avec son dossier médical. Ce qui voulait dire qu’on devait faire attention. S’il était cardiaque, par exemple, il y avait beaucoup de techniques à éviter. S’il était asthmatique, il était hors de question de le faire passer au chiffon...

    suite.. © 2006 TelQuel Magazine. Maroc. http://20six.fr/basta/art/1270091#CID_3358604

  • De la torture considérée comme un travail !
    3 octobre 2016, par Anindita Keisha
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