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La « mama d’Action directe » condamnée à un an avec sursis par Dominique Simonnot

Catégorie société
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(JPEG) Hellyette Bess était jugée hier à Paris pour détention de faux papiers qui ont servi à une association d’aide à ses camarades détenus.

Elle est toute petite, sa tunique est verte, son pantalon violet. Ses cheveux frisent au-dessus de ses yeux. C’est Hellyette Bess, 76 ans, surnommée « la mama d’Action directe », jugée hier par la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour la détention d’un tas de faux documents français, espagnols, italiens, de tampons officiels, de cartes grises... Le tout très ancien, pour ne pas dire obsolète. Sauf trois cartes d’identité françaises.

Hellyette Bess avait planqué ces trésors dans un sac chez une amie, Catherine B. Là où les policiers les ont découverts, le 23 juin 2003, lors d’une perquisition ordonnée par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière.

Découverte aussi d’une carte d’identité falsifiée, portant la photo grimée de Catherine B., qui avait servi aux deux femmes à ouvrir le compte bancaire d’une association, Nature en fête.

En fait de fête, il s’agissait de « récolter des fonds pour les détenus d’Action directe, lorsqu’ils sortiraient de prison ».

Rigolo.Catherine B. est envoyée en détention provisoire et Hellyette Bess prend le large après avoir écrit au juge.

Publiée par Libérationle 2 juillet 2003, sa lettre innocente Catherine : « Ce que vous avez trouvé chez elle y a été déposé par moi. Catherine en ignore l’existence. » Et promet aussi : « Je viendrai à votre bureau dans les temps qui viennent. »

Rigolo, le juge Gilbert Thiel, qui a pris le relais de Bruguière, note dans son ordonnance : « Parole tenue quoiqu’un peu tardivement puisque, après être restée introuvable plusieurs semaines, Hellyette Bess s’est présentée le 4 septembre en compagnie de son avocat. »

Elle fut placée sous contrôle judiciaire. Catherine B. aussi, mais après deux mois de prison. Hier, à l’audience, le très sérieux président, Philippe Vandingenen, est revenu sur ce délai :
-  « Pourquoi avoir tardé à vous rendre chez le juge d’instruction ? »

Eclat de rire : « Mon avocat était en vacances et, ensuite, c’est le juge qui est parti ! »

Anarchiste.

Mais voilà sa vie qui défile.

Celle d’une fillette juive, au père déporté, au frère résistant : « Toute petite j’ai compris qu’une carte d’identité peut sauver une vie. D’ailleurs, j’en ai eu besoin pour les antifranquistes ou les insoumis de la guerre d’Algérie. »

Elle est anarchiste et le reste.
-  « Ne tournons pas autour du pot,demande le président, vous reconnaissez avoir été membre d’Action directe et continuer à avoir des liens avec vos amis incarcérés ?­

Je suis toujours une militante révolutionnaire ! Je m’occupe essentiellement de la solidarité ! »

-  Et la violence qui a conduit AD à des assassinats, qu’en pense-t-elle ? «  Cela dépend, souvent la violence est une réponse à la violence de la société ! » Jusqu’aux atteintes à l’intégrité physique ? « Ah non ! Je ne l’ai jamais fait ! »

Et cette étrange Nature en fête qui intrigue le tribunal. -Pourquoi donc de faux papiers pour lui ouvrir un compte en banque ?

Hellyette Bess redoutait d’ « être morte »quand ses camarades d’Action directe sortiraient de prison « à la vitesse où ils en sortent ! Il fallait bien que la solidarité soit dans d’autres mains ».

On n’en saura pas plus.

Son avocat, Me Jean-Alain Michel, a donné sa dimension à sa drôle de cliente : « De Gaulle disait que la vieillesse est un naufrage, c’est faux ! Elle l’est pour ceux qui se laissent naufrager ! »

Pas elle : « Sa vie, c’est l’opposition à tout ce qui lui paraît injuste, à tort ou à raison. Elle ne renonce jamais ! »

L’avocat et sa cliente se connaissent depuis bien des années : « Heureusement qu’il y a des Hellyette Bess ! Il est si facile d’être solidaires avec ceux qui ont une aura populaire ! Mais ils ne sont pas des bataillons à se battre pour que les détenus d’Action directe obtiennent la liberté conditionnelle que d’autres ont naturellement ! »

Une demi-heure après, Catherine B. était condamnée à six mois avec sursis. Hellyette Bess à un an de la même peine.

Source
-  Libération

Lire et écouter :
-  L’heure est à l’ouverture des cages pour les membres d’AD



Publié le 4 juillet 2006  par torpedo


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