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Le prix du sang versé par Adriana Evangelizt

Catégorie actualité
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L’armée israélienne et les services secrets peuvent, c’est reconnu, enlever tous les palestiniens qu’ils veulent et même les massacrer, cela ne posera aucun problème d’éthique à la communauté internationale. Aucune armée ne viendra pilonner Israël qui cherche éternellement à être reconnu sans jamais reconnaître la Palestine dont on cherche encore les frontières depuis plus de soixante ans. Jusque là tout est normal. Parce que nous vivons dans un monde où il est devenu licite de s’approprier de terres et de vies qui ne nous appartiennent pas. C’est un exemple à suivre.

D’ailleurs aux Etats-Unis, l’équipe Bush a aussi compris la manoeuvre.
-  Si Israël le fait, pourquoi pas nous ?

Dans le fond l’idée n’est pas si stupide. Ce qui donne le massacre des Afghans et l’assassinat permanent des Irakiens mais pas qu’eux d’ailleurs, les Russes en ont fait aussi la cruelle expérience dernièrement. Dans notre univers du deux poids deux mesures, le crime et le vol sont légalisés par ceux qui tirent les ficelles au sommet. Mais si un quidam ordinaire vole pour manger dans un magasin ou si vous "empruntez" une mobylette, vous irez en taule. C’est de votre faute, vous n’aviez qu’à choisir l’autre camp.

Devant la direction que prennent les évènements, nous nous trouvons devant un vaste dilemme.

-  A quoi sert d’être honnête quand la malhonnêteté est davantage récompensée qu’une conduite digne ?
-  Pourquoi ne pas devenir criminel quand on sait que tous les tapis rouges du monde sont foulés par ceux qui font commettre par procuration les plus grandes exactions ?

Un grave problème d’éthique se pose à nous, bien sûr. Être ou ne pas être.

-  Est-il préférable d’exister en choisissant la voie du meurtre et de la spolliation permanente ou doit-on n’être qu’un éternel imbécile se battant en vain pour la Justice, la Liberté, l’Egalité ?
-  Après tout, à quoi ça sert d’être pur et gentil ?
-  A qui ça profite ?
-  Est-ce que ça change le sens de la marche vers l’iniquité puisque l’équité est vouée à n’être qu’un mot privé de toute substance ?
-  Ne perd-on pas son temps, finalement ?

Quand on voit combien il est difficile de vivre pour des millions de gens dont chaque jour se transforme en un perpétuel combat -ne serait-ce que pour avoir quelque chose à se mettre dans l’estomac- et qu’une poignée de vampires vivent plus que confortablement au détriment de tous les autres, ne faut-il pas jeter l’éponge vertueuse du droit chemin pour faire partie de la caste des privilégiés qui n’ont même pas à claquer des doigts pour trouver leur frigo bien rempli et leur coffre-fort aussi ?

-  Pourquoi faire tant d’efforts pour rien là où d’autres n’en font aucun pour vivre comme des princes ? Et si finalement nous nous étions trompés ?

A en croire le dieu de Bush ou d’Israël, le pire est permis pour s’accaparer de ce que l’on convoite. Sans états d’âme et sans écouter la voix de sa conscience.
-  D’ailleurs la conscience justement, est-ce que vous croyez qu’elle empêche les manipulateurs de dormir ? Non.

S’ils ne dorment pas c’est qu’ils sont encore en train de réfléchir à la prochaine action à mettre en route pour voler et tuer demain davantage qu’hier. Aussi simplement et en se tracassant moins que vous qui réfléchissez à la façon de trouver un moyen pour payer votre loyer ou votre électricité. Sans toutefois trouver la solution pour y parvenir. Total et bénéfice, vous aurez beaucoup plus de cheveux blancs, de rides et de problèmes de santé que tous ces satrapes bien pansus, bien repus qui n’ont qu’un seul but : éradiquer de la surface du globe tous les gêneurs anonymes dont vous faites peut-être partie.

Est-ce cela que vous voulez ?

-  Est-ce que vous préférez être dans la maison qui sera bombardée demain ou à la place de celui qui larguera la bombe en appuyant sur un bouton -au-dessus des nuages- avec à la clef la médaille du mérite pour votre geste purificateur ?

Car pour vous pousser à accomplir cette mission, aura-t-on fait miroiter devant vos yeux brillants l’utilité de votre geste si vous osez le faire. Il existera mille moyens pour balayer les quelques réticences dont vous pourriez être investi au moment du choix. Du style "Les gens qui se trouvent à cet endroit ne sont que vermines, terroristes ou complices de terroristes." Votre action se révèlera donc être de la plus grande utilité pour votre patrie et pour le monde. Imaginez la scène... vous, face à ce gradé au poitrail scintillant de toutes ses décorations. Un véritable éblouissement que toutes ces breloques ne visant qu’à occulter dans votre esprit le bel assassinat que vous allez commettre. Il ne vous viendra pas à l’idée une seconde que vous n’êtes qu’un criminel. Vous ne penserez qu’à l’accolade au moment de la remise du "prix" sitôt votre sale besogne accomplie. Le prix du sang versé. Avec la quasi certitude d’être en vie. Glorifié et auréolé, comblé d’honneurs. Un héros, enfin. Tandis que les pauvres hères pulvérisés par votre arme fatale et ayant eu la malchance de se trouver là au mauvais moment ne feront même pas partie de vos souvenirs. Non. Vous éprouverez comme une vague sensation de bien-être. Parce qu’en vous s’immiscera le sentiment d’avoir nettoyé la planète d’un danger savamment argumenté par vos supérieurs pour vous persuader que vous avez fait le bon choix. Celui du crime. Les pseudos "vermines" ou "terroristes" trépassés n’auront pas plus d’importance que la mouche que vous écrasez sur votre bras si elle a la mauvaise humeur de venir s’y poser. A moins bien sûr que ne se produise, dans le futur, un évènement qui bouleversa totalement votre vision des choses...

Voilà que lors d’une embuscade, vous tombez entre les mains de "vermines" semblables à celles que vous avez éradiquées, il y a quelques jours. Vous essayez bien sûr de vous défendre mais ils vous font quand même prisonnier. Vous avez tellement subi le fameux bourrage de crâne adéquat sur la dangerosité de ces criminels que vous ne vous faites guère d’illusions sur le sort qui vous attend. On vous a bien donné une capsule de cyanure au cas où... mais vous n’avez pas pu la prendre. Et l’enfer commence. Pieds et poings liés derrière le dos -comme vous avez si bien pris l’habitude de le faire avec l’ennemi- ils laissent pleuvoir toute la haine dont ils sont capables... toute la haine que vous leur inspirez, vous l’occupant, l’adversaire. Un de ceux qui défoncent les portes des maisons, violent les femmes, torturent, tuent, assassinent sans se poser de questions parce que cela fait partie des ordres reçus. Pas de quartier. Coups de poings, coups de pieds, crachats. Cris et vociférations. A la base, on ne vous demande même pas de vous exprimez, vous devez subir... ce que vous faites subir aux autres en quelque sorte. Là, entre douleur et humiliation, une sourde colère gronde en vous de tant d’impuissance. Les larmes vous en montent aux yeux. Vous êtes à la complète merci de cette "vermine" qui vous crache à la gueule tout son mépris. Vous gratifiant d’insultes qui ne font que rajouter un peu plus de souffrance à votre égo si malmené. Puis l’un d’entre eux vous exhibe ce qui semble être une photo de famille. Huit personnes. Parents, grand-parents, quatre enfants. Il hurle "Pourquoi ?" en vous balançant une grande claque. Histoire de vous remettre les idées en place. Il parle d’une maison explosée au flanc d’une colline voilà dix jours. Son doigt court sur la photographie tandis qu’il énumère... "mon père, ma mère, mon frère, sa femme, leurs quatre enfants... pourquoi ?" Bien sûr, il ne sait pas que c’est vous qui les avez liquidés. Mais vous, par contre, vous venez de comprendre qui vous avez tué. Sur ordre. Vous voyez à quoi ressemble la "vermine"... terroristes ou amis de terroristes... votre regard accroche celui de la petite fille qui ne demandait qu’à vivre... et malgré votre hébètement, peut-être comprenez vous... le prix du sang versé.

-  Le votre suffira-t-il à combler la douleur ?

Comme disait Prévert, la guerre quelle connerie !

Et maintenant vous pleurez à gros bouillons, les épaules secouées de sanglots... et l’énorme boule que vous avez au creux de l’estomac monte dans votre gorge, explose entre vos lèvres en un cri plaintif de bête blessée. Entre deux hoquets, vous essayez d’expliquer... vous n’êtes qu’un soldat obéissant aux ordres. Quels qu’ils soient. Alors celui qui tient la photo vous dit que là où vos posez vos pieds, c’est sa terre. Que vous n’avez pas à y être. Ni à voler l’eau ou le pétrole. Que vous n’êtes qu’un assassin qui massacrez son Peuple. Que tant que vous serez sur son sol, lui et ses frères ne vous laisseront pas une minute de répit parce que ce sont des résistants... vous l’occupant. Et là, il vous replante la photo devant le nez... "Pourquoi ?"...

-  Que pouvez-vous répondre ?
-  Quelle excuse invoquer ?
-  Et est-ce que votre réponse vous laissera la vie sauve ? -L’ennemi sera-t-il plus intelligent que vous ne l’avez été ?
-  L’ennemi peut-il comprendre que vous n’êtes finalement qu’un pauvre pion manipulé par d’autres qui savent très bien ce qu’ils font... ?
-  Ou l’ennemi ne pensera-t-il qu’à venger le sang versé par les votres en vous assassinant à son tour sans prendre en considération que vous n’y êtes pour rien, quelque part ?

-A quoi tient votre vie, au fond, à cet instant précis ?

-  Quel va être le choix de cet adversaire que vous avez pris tant de plaisir à humilier, blesser, torturer au travers des siens sans vous poser la question de savoir si c’était bien ou mal ? Tout simplement parce que vous en avez reçu l’ordre.

-  Dans quel camp se situent l’âme et la conscience de cet homme pétri de douleur qui se tient devant vous ?
-  Va-t-il être aussi dénué de scrupules que vous ou que ces donneurs de directives qui nous mènent tout droit vers le chaos ?

-  Ou bien... malgré son immense chagrin, son désir fou de vous tuer aura-t-il la lucidité de percevoir votre statut d’humain victime d’individus malfaisants et possèdera-t-il la force subtile de vous rendre à la lumière ?

Nous espérons de tout cœur que les ravisseurs du soldat franco-israélien opteront pour cette dernière solution...

alors que la Palestine va être mise à feu et à sang une fois de plus par des centaines de robots qui ont perdu leur statut d’hommes... et dédions ce texte de réalité-fiction à tous les victimes du monde immolées sur l’autel des puissants...

source
-  oulala.net



Publié le 8 juillet 2006  par torpedo


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