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Le monde est tout foot et les bébés pleurent... de Barbara Bouley

Catégorie société
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(JPEG) A quelques heures d’une finale que tous attendent avec grande impatience, je me demande comment faire pour y échapper.

Le souvenir de cette nuit passée, lors du dernier match victorieux de l’équipe nationale, à sursauter avec les bébés aux bruits des cris, des klaxons et des pétards m’obsède. La nation se prépare à la liesse populaire footballistique et je me demande comment (la) fuir.

-  Existe-t-il un endroit où ne pas se faire percuter par cette folie conquérante et patriarcale ? Est ce normal dans un pays démocratique de ne pouvoir échapper d’aucune façon à ces cris téléguidés ?

-  La télévision a été jetée depuis plusieurs années ; Dans la cuisine, depuis le lancement de la Coupe du monde de foot, la radio, n’émet plus aucune information sur le monde extérieur. En ces temps où les médias ne savent plus produire que les sons et des paroles stupides des supporters musclés, musiques, silences, nuits d’amours et soirée entre amis ne sont-ils pas les meilleurs remèdes à la sérénité des âmes ?

Hélas, même les rues maintenant portent les stigmates de cette folie : L’excitation nationaliste mondiale est à son comble.Les drapeaux sont en érection dans toutes les villes de France. Certains adultes et même des enfants portent les couleurs nationales à même leur peau. Certains autres ont peint leur visage de rayures bleues, blanches et rouges, signes de scarifications provisoires d’une nouvelle cérémonie vaudou de la magie blanche nationaliste.

DEGOUT PROFOND...

Dans ces temps de Mondial, où les hommes et leurs femmes s’écarquillent les yeux devant un écran plat, l’apathie est plus visible que jamais et la puissance des vainqueurs trop manifeste. Bravo. Le demos vient d’oublier, d’un coup de sifflet d’arbitre, que ce drapeau aux trois couleurs que nous brandissons pour l’occasion est maculé de sang. Que ce drapeau crache d’autres cris et pleure d’autres larmes que ceux des supporters de Zizou et des autres mâles en culottes longues courant après une panse remplie d’air.

SURSAUTS DE DEGOUT ENCORE...

Alors, j’ai accroché mon voile de deuil, en signe muet de protestation.

Alors, j’ai accroché mon voile de deuil, en souvenir des Algériens massacrés par ce drapeau.

Alors, j’ai accroché mon voile de deuil, en souvenir du million de Rwandais morts avec la complicité de ce drapeau-là.

Alors j’ai accroché mon voile de deuil, en souvenir des dégâts colonialistes, des viols, des tortures, des pillages causés dans des dizaines de pays par ce drapeau-là.

Alors, j’ai accroché, dans mes cheveux, mon voile de deuil en souvenir de ces jeunes enfants qui, demain, à cause de lois scélérates retourneront dans des pays de dictature et de misère car ce drapeau-là, symbole un temps de terre d’asile, a décidé aujourd’hui d’expulser par milliers des enfants indignes de ces trois couleurs.

Il y aurait tant à dire sur les méfaits de ce drapeau qui demain ornera les balcons de citoyens et citoyennes, participants volontaires ou involontaires de cette mascarade nationaliste. Un simple ruban noir en signe de protestation...

L’état respire...

Sarkozy, Ségolène Royal et tous les maires de banlieue, de gauche (je pense, entre autre, à M.Braouezec) comme de droite, ces élus faussement démocrates peuvent dormir en paix : Nul besoin de couvre-feux demain soir. La France est UNE, unie et indivisible face à la victoire.

Périclès, un des pères fondateurs de la Démocratie athénienne, dans son oraison funèbre (470 av.JC) annonçait les idéaux de ce système : « En outre pour dissiper tant de fatigue, nous avons aménagé à l’âme des délassements fort nombreux ; nous avons institué des jeux et des fêtes qui se succèdent d’un bout de l’année à l’autre, de merveilleux divertissements particuliers dont l’agrément journalier bannit la tristesse. L’importance de la cité y fait affluer toutes les ressources de la terre et nous jouissons aussi bien des productions de l’univers que de celles de notre pays. »1

2500 ans après, nous en sommes au même stade.

Autrefois, avec les combats de chars et de gladiateurs au pire ou dans le théâtre de Dionysos pour déclamer de la tragédie, au mieux, la catharsis opérait.

Aujourd’hui, les salles de théâtre se vident et il n’y a plus personne pour s’intéresser à la tragédie. Aujourd’hui, c’est devant des écrans plats que nous convient les dirigeants de la planète, démocrates et dictateurs, réunis pour l’occasion, afin de bannir la tristesse des peuples, afin que s’ expulse en dehors la rage juste d’une jeunesse profondément secouée par un monde violent et injuste qui tourne de moins en moins rond !

DETOURNEMENT DE CATHARSIS...DEGOUT...

Demain, au stade Charlety ou ailleurs, partout sur le sol français, on nous proposera une relation frontale entre les vivants et un monde virtuel, une fiction bien orchestrée avec spots publicitaires à l’appui. Et demain nous oublierons tous et toutes que c’est toujours des mêmes cerveaux disponibles dont la société de consommation a besoin. Et demain, l’excitation aidant, nous oublierons volontiers qu’entre deux matchs de l’équipe de France, les chaînes nationales nous vendent les bienfaits de la légion.

Après la victoire des Bleus dimanche, engagez vous dans l’armée... De nouvelles guerres se préparent en Iran, ou en Côte d’Ivoire, vous savez ! L’esprit nationaliste sportif va de pair avec l’esprit conquérant et guerrier.

Les oiseaux qui survolent le territoire français doivent hurler... Les jeux des humains sont de plus en plus sordides. Mercredi dernier, ces jeux aménagés pour le repos des âmes tristes, par les dirigeants européens blancs d’aujourd’hui, par les successeurs de Périclès, ont fait 6 morts. Bagatelle !

Dimanche 9 juillet. 20H France-Italie Coup d’envoi...

Combien de morts cette fois ?

Demain c’est certain, les bébés pleureront, mais la France entière se prépare déjà à la Fête.

-  Alors... avant le coup de sifflet de l’arbitre de cette finale tant attendue, si vous savez où se trouvent les clés du pays Elfique, pays imaginaire où règne Beauté et NON VIOLENCE, faites-le moi vite savoir ?

Sincèrement

Barbara Bouley est MetteurE en scène et dramaturge

source :
-  Bellaciao



Publié le 9 juillet 2006  par torpedo


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