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Le plus fascinant de tous est l’amandier
par Al Faraby

18 août 2006

par torpedo

Avez-vous, une fois dans votre vie, pris le temps d’écouter un arbre ?

(JPEG)

Il faut avoir l’oreille fine, car ces êtres-là ne parlent pas fort. Tout est dans le vent. Les feuilles bougent, puis les branches, il arrive que tout l’arbre balance. Et quand le vent est passé, alors c’est le soleil. Les feuilles qui filtrent la lumière. Les ombres qui se projettent ou ne se projettent pas. Le vert qui joue avec le bleu ou le marron. C’est la danse des couleurs, tout en nuance. La palette de Picasso rougit de honte, de jalousie et d’envie. Le peintre devient fou. Vincent s’est écorché l’oreille !

Le plus fascinant de tous est l’amandier.

Il est le premier à pointer de ses fleurs blanches, centrées de rose.

Celui de mon enfance est toujours là, en bas de la route qui va au village. C’est un vieux solitaire qui connaît tous nos secrets. Il est témoin de nos malheurs et de nos bonheurs. Il a vu s’en aller les vieux, et vu arriver les amoureux. Il a entendu grandir les enfants et tous leurs secrets.

Le plus fascinant de tous est l’amandier.

A pâques, je me souviens, nous coupions quelques brindilles chargées d’amandes vertes, que nous mélangions au bouquet avec le coquelicot. Je l’entendais rire de joie. Il me disait : "Vas y petit, prends autant que t’en as envie... je connais aussi ta petite amie !"

Je l’écoutais moqueur.

"T’es jaloux n’est-ce pas ?"

Son rire était tendresse et le vent chaud du printemps nous enivrait tous les deux, moi d’amour et lui d’amandes vertes.

Je courais, dans la main, mon bouquet vert, rouge et noir vers le village. La messe devait être dite. Mon bouquet devait être béni, avant de l’offrir secrètement à celle que j’aime.

Elle est présentement assise tout près de moi. Dans ses bras, Narjas notre petite fille dort.

-  Peut-être rêve-t-elle ? Peut-être pas !

La route a été longue. Nous arrivons au village. Toutes les maisons sont démolies, l’église aussi. La placette est défoncée. Les routes sont embrouillées.

Je prends celle de la maison. Je quitte le village.

Au tournant, je sens un immense malheur. Je regarde ma bien aimée, elle me regarde aussi. Elle devine mon désespoir et me sers fortement le bras. "Vas-y avance !", veut-elle me dire.

Je m’engage tout doucement dans l’étroit chemin, comme par pudeur, comme par respect, comme si j’avançais sur un cimetière.

Je regarde droit devant... je vois mon vieil ami tout brûlé.

Ils ont même incendié l’amandier.

Narjas dort toujours.
-  Peut-être rêve-t-elle ? Peut-être pas !

( Dédié à Lina et Narjas Fakih de Aytaroun )

source :
-  aloufok

lu sur
-  Bellaciao

torpedo