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Le Billet d’Oncle Dom - A propos des Justes
par Dom Dom ( + vidéo)

8 juillet 2007

par Gilles Delcuse

(JPEG)

Trois femmes et un homme viennent d’être déclarés « Justes de France » pour avoir sauvé des juifs pendant la seconde guerre mondiale et ont reçu mercredi la légion d’honneur.

Madeleine, aujourd’hui 79 ans, a beaucoup réfléchi avant d’accepter la légion d’honneur.

Madeleine aurait donc pu connaître mon grand-père, sur une route, un chemin : la vie est la vie.

Tad Kozh (grand-père)... 25 cartouches pour lutter contre les allemands : il a tiré tout ce qu’il a pu.

Un homme sur dix de son régiment abattu en représaille.

Marche à pied de stalag en camps, une balle dans la tête à tous ceux qui tombaient. La forte tête qui ne parlait quasiment que breton a fini face à un camp d’extermination de prisonniers russes où son caractère a fini par le faire échoir.

Quelle idée aussi que de donner ses cigarettes à un prisonnier russe - un squelette à l’espérance de vie d’une semaine - et de s’opposer à un SS tchèque qui rouait de coups un malheureux et de lui demander :

« Quel genre d’homme peux-tu être pour frapper un homme qui ne tient même pas debout ? »

Le caporal Fanch (Tad Kozh) a donc été prié de vivre plus intensément avec ces prisonniers russes qu’il aimait tant... bûcheron, costaud, il s’en sortira handicapé à vie. Sans parler du traumatisme.

Inutile de détailler ici l’enfer qui fut le sien et celui de ses compagnons. Je le ferai peut-être un jour car je possède enregistrements de son témoignage et documents officiels, mais là n’est pas le sujet.

-  Qu’a- t-on à faire finalement de ces prisonniers russes qui se mettaient par centaines la tête sur les rails au passage du train pour en finir avec leurs souffrances ?

-  Qui a quelque chose à foutre de tous ses camarades morts en creusant dans une carrière, des galeries n’ayant pour but que de s’effondrer et les ensevelir ?

-  Qui se souvient de Yvon, Loïc, Boris ou Youri morts dévorés par des chiens bergers ?

Pourtant de toute cette captivité nous ne sommes pas sans connaître les horreurs.

Et donc pourquoi - mon Dieu, pourquoi ? - est-ce en évoquant, toujours, les cadavres de ces enfants d’une dizaine d’année des "jeunesses hitlériennes" qui gardaient une batterie antiaérienne, enfants qu’il découvrit un matin égorgés, que Tad Kozh s’effondrait en larmes, lui qui avait vu mourir tant et tant d’autres humains ?

Parce que c’est injuste.

Délivré par les américains, la plupart de ses camarades mourront dans le crash de l’avion censé les rapatrier, sous ses yeux, alors qu’il les regardait s’envoler vers la liberté.

C‘est là encore, injuste.

-  Pourquoi, cet invalide de guerre, tenta t-il de refuser médailles et pension ?

Toujours parce que c’est injuste.

Pourquoi Tad Kozh est-il mort enfin, avant que nous changions de siècle, dans les bras d’une infirmière au fort accent alsacien, que dans son délire d’agonisant, se croyant revenu au camp, il prit jusqu’au bout pour un SS ?

C’est injuste.

La réponse n’est définitivement pas dans une allée d’arbre et ne concerne pas qu’une seule catégorie de victimes.

La réponse est dans le cœur des hommes qui en sont à profiter d’un bombardement pour courir dans un champ, dévorer des pommes de terres crues, sous les bombes ; qu’importe le péril : il faut manger, à tout prix, parce qu’il faut vivre.

Il faut vivre et il faut protéger la vie.

Tout le reste n’est qu’injustice.

source : Les ogres





Gilles Delcuse