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Napoléon, bien sûr, mais le petit
par Agnès Poirier

14 juillet 2007

par torpedo

(JPEG)



Illustration Rozor

Goût du clinquant, coterie d’amis riches et libéralisme à l’anglo-saxonne : Nicolas Sarkozy tient plus de Napoléon III que de Bonaparte.

En attendant la Commune...

Il y a quelques mois, The Economist l’a représenté en Bonaparte à cheval, d’après le célèbre tableau de Jacques-Louis David [Le Passage du Grand-Saint-Bernard], et la presse internationale dans son ensemble a pris l’habitude de l’associer à l’Empereur, notamment en raison de sa petite taille et de son caractère autoritaire.

Mais ce que les journalistes étrangers oublient, manifestement, c’est que la France compte autant de styles d’autoritarisme que de fromages. Nicolas Sarkozy n’a rien de Napoléon Bonaparte. Pour commencer, il vient de supprimer la grâce présidentielle habituellement accordée aux prisonniers le 14 juillet, mesure dont Napoléon usait lui-même.

Du reste, si l’actuel locataire de l’Elysée possédait une once du génie et de la vision du Corse, nous aurions de quoi espérer.

En réalité, notre chef suprême ressemble beaucoup plus à un autre Napoléon : à Napoléon le Petit, comme l’avait surnommé Victor Hugo.

Ce succédané d’empereur était Napoléon III, neveu du grand homme, dictateur dandy et souverain libéral qui régna de 1852 à 1870.

Or, chers amis britanniques, le fait que Sarkozy lui ressemble n’est pas une bonne nouvelle pour la France.

Le soir même de l’élection, l’alarme a retenti dans la conscience nationale.

-  Que fait notre énergique président ?

Bouche bée, incrédules, nous l’avons vu descendre de sa voiture sur les Champs-Elysées pour dîner au Fouquet’s, sorte de Hard Rock Café clinquant. Puis il s’est éclipsé pendant trois jours sur un yacht à Malte, tous frais payés par le magnat Vincent Bolloré.

Certains d’entre nous ont ressorti leurs manuels d’histoire et ont tout compris en relisant le chapitre consacré au Second Empire.

La culture du clinquant, les coteries d’amis riches et puissants aux commandes, Sarkozy est notre nouveau Napoléon III.

Le “Petit” fut élu président de la Deuxième République en 1848, puis régna en dictateur éclairé, en empereur libéral, comme il aimait à s’imaginer, depuis son coup d’Etat de 1851 jusqu’à sa chute, en 1870.

Cette période de l’histoire, connue donc sous le nom de Second Empire, présente effectivement des similitudes frappantes avec la nouvelle France.

-  Agnès Poirier The Guardian L’auteure est française, journaliste à Londres Elle écrit régulièrement dans The Guardian. Elle a récemment publié deux livres Source : courrierinternational.com

Lu sur : Radio Air Libre

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