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e-torpedo-le webzine sans barbelés
Maroc : un Robin des bois virtuel

6 août 2007

par torpedo

Cyber-justice

Nom de guerre : "Qanass" (le chasseur). (JPEG)

Activité : la traque des gendarmes ripoux qui rackettent camionneurs et automobilistes sur les routes marocaines. Ce vidéaste amateur est devenu la coqueluche du Web depuis qu’il a posté sur Youtube, la plate-forme planétaire de partage des vidéos une série d’images éloquentes du manège incessant de la soldatesque corrompue du général Hosni Benslimane.

Images volées à vomir d’hommes en uniforme détroussant à tour de bras leurs victimes forcément consentantes.

De véritables bandits de grands chemins saisis par l’oeil de la caméra cachée.

Durant les premières semaines du "nouveau règne", ces pratiques avaient fortement décliné parce que corrupteurs et corrompus avaient eu le sentiment que les choses pourraient changer. Le cercle vicieux de la petite corruption qui gangrène la société avait momentanément été brisé.

Malheureusement, la continuité perceptible de la gouvernance de l’autorité a très rapidement restauré les vieilles habitudes du bakchich et du graissage de patte.

Le Zorro local qui prend en flag les gendarmes indélicats fait du journalisme citoyen grâce aux nouvelles technologies.

Il est l’archétype de toute une génération bourgeonnante de déçus du système, ceux qui ont choisi la voie de l’activisme direct pour dénoncer les abus et l’injustice du Pouvoir parce que les relais classiques de la société ne suffisent plus ou sont tout simplement inopérants.

Des "Qanass", ils sont un paquet à avoir choisi la Toile pour exprimer leur rage avec plus ou moins de talent mais un sens de la contestation de plus en plus élaboré. L’audience et l’interactivité du Net leur procurent l’anonymat une popularité sans pareille et une liberté de ton qu’aucun autre média ne peut satisfaire.

Ce mode d’expression sans véritable garde-fous autorise aussi tous les excès jusqu’à la promotion de la terreur.

Sur les sites Youtube ou Dailymotion visités par des millions d’internautes à travers le monde, des vidéos salaces ou attentatoires à la dignité des personnes côtoient des petits chefs-d’oeuvre comme ceux du "Qanass".

Leur parasitage demeure minime, tant l’avantage de ces derniers est immense.

Il l’est d’autant que leur impact fait singulièrement écho à la multiplication stérile des contraintes vécues depuis des années par la presse d’investigation traditionnelle. Le dernier feuilleton judiciaire du journal "Al Watan" en est l’illustration la plus récente.

Comme la parabole avait révolutionné et démocratisé la télévision il y a une quinzaine d’années face à la vétusté de l’offre des chaînes publiques,

l’Internet libère aujourd’hui le citoyen de la censure institutionnelle.

Des militants des droits de l’Homme rapportent presque en direct des injustices commises dans les patelins les plus reculés du royaume grâce à des réseaux virtuels bâtis sur les moyens offerts par la messagerie électronique de masse. Des informations reprises par la presse à l’échelle nationale, ce qui était du domaine de l’impossible, il y a à peine dix ans.

La dernière étude publiée cette semaine (sur Internet d’ailleurs) du Pew Research Center, un institut de sondage américain réputé, révèle que les Marocains estiment très positivement l’apport de la presse, loin devant l’action de l’autorité et du gouvernement. Un état de fait que les moyens de communication et d’expression plus libres, plus flexibles et à la portée d’un plus grand nombre vont intensifier.

Des moyens de dissuasion qui eux aussi pourront peut-être un jour mettre un terme à toutes les formes d’incivisme qu’aucune campagne de sensibilisation n’a pu éradiquer.

-  Source : lejournal-hebdo.com N° 313 Du 28 Juillet au 3 Août 2007

-  Lu sur : Radio Air Libre

torpedo