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Cuba et ses battes de baseball de Maxime Vivas

2 septembre 2005

par torpedo

(GIF) Il m’est plusieurs fois arrivé de publier des articles sur Bellaciao. Je ne pensais pas y lire un jour un article que Bush aurait pu signer.

Pour colporter la propagande née à Miami contre Cuba, nous disposons en France de Robert Ménard de Reporters Sans Frontières. Nous n’avions pas besoin de Richard Rapoport.

L’article de Rapoport reprend les poncifs et les antiennes de la CIA : Castro est un dictateur, il est vieux, méchant et coléreux.

Dictateur ?

Cuba est le seul pays du continent américain qui ne dispose pas de police anti-émeute, où jamais, depuis 45 ans (chute de Batista) la police et l’armée ne se sont tournées contre le peuple (chose rare en Amérique latine), où le peuple est armé. Rapoport devrait réfléchir à cette étrange dictature où le tyran distribue des fusils aux opprimés et où ceux-ci ne s’en servent pas contre lui, mais les astiquent pour les braquer vers ceux qui prétendent venir les « libérer ».

J’ajoute que, même si nos médias veulent l’ignorer, des élections ont lieu à Cuba, selon un système dont Rapoport ne sait rien mais sur lequel il est prêt, j’imagine à ironiser. J’en entends d’ici la caricature !

Vieux ?

Moins que Sharon.

Quel organe de presse parle du « vieux Sharon » ?

Méchant et coléreux ?

Il a « pendu trois pirates de l’eau », dit Rapoport avec son penchant pour l’à-peu-près, tout en insinuant que la chose est banale.

La vérité est la suivante : en 2003, onze pirates de la mer (ce truc dangereux avec des vagues et des requins) ont détourné une barge, ont failli noyer ses occupants (dont des touristes françaises) après avoir menacé de les égorger. Capturés, ils ont été jugés et trois d’entre eux, au passé judiciaire chargé, ont été fusillés.

Le contexte était une recrudescence des actes hostiles venant des USA qui n’accordaient pratiquement plus de visas d’immigration et haussaient le ton contre un pays qui ne contrôlait pas ses frontières. A ce moment-là, un moratoire contre l’application de la peine de mort à Cuba en était à sa troisième année et plus aucune exécution (aucune, Rapoport) n’a eu lieu depuis : Cuba n’est pas le « démocratique » Texas, n’est-ce pas ?

Par éthique, le pouvoir cubain est hostile à la peine de mort et il espère la paix qui lui permettra de l’abolir. Mais Cuba figure sur la liste des pays « terroristes, pays ennemis, cibles potentielles » dressée par les USA.

Cuba vit dans une situation de pré-guerre, à proximité immédiate de la plus formidable puissance que le monde ait connu (et qui dispose de forces armées sur l’île même).

Pourquoi n’attaquent-ils pas ?

Parce que la bataille médiatique (sans laquelle l’après-guerre est un bourbier) n’est pas gagnée.

Castro est populaire dans son pays et Cuba jouit d’un immense prestige en Amérique latine et sur d’autres continents. Castro y est vu comme un libérateur.

Imaginez chez nous un leader politique qui ne ressemblerait ni Sarkozy ni à Raffarin, ni à Hollande ni à Jack Lang, mais qui serait à la fois une sorte de Jean Moulin, De Gaulle, Jean Jaurès et Robin des Bois avec l’art oratoire et la fougue du député Victor Hugo et essayez de comprendre pourquoi il est adulé et inamovible. Castro est un mythe vivant. Il faut le détruire pour scotcher une étoile de plus sur la bannière US.

Chaque fois que quelqu’un nous laisse croire qu’il ressemble à Saddam Hussein, il hâte le jour de l’irakisation de Cuba. Rapoport a apporté sa pierre dans cette voie , non loin de celle de Line Arez Demoro qui démontrait les saloperies menteuses des complices français de Bush.

Que dire d’autre de l’article de Rapoport ?

Que c’est une bouillie confuse, un salmigondis superficiel pour lectrice du Figaro-Madame. Qu’il ne brille pas par son exactitude, digne des journaux de Miami qui dénoncent les « colères » de Fidel et aimeraient bien trouver la faille, « en profiter pour se débarrasser » du « vieux dictateur ».

Bien entendu, quand Cuba sera transformée par les GI’s en immense Guantanamo, quand le système social, culturel, de santé sera ramené à celui des autres pays du tiers monde, quand les bidonvilles refleuriront, quand les enfants survivants ne sauront plus ce qu’était une école, un médecin ou un dentiste mais connaîtront l’usine, les nuits sous des cartons, la drogue, la prostitution, les escadrons de la mort, les enlèvements pour prélèvements d’organes (réalités qui ravagent le sous-continent mais épargne la Cuba de Castro), Rapoport oubliera de qualifier de dictateur le nouveau dirigeant posé là par les USA avec l’aide bavarde des « idiots utiles ». Sinon, il l’aurait déjà fait pour les pays où ses fléaux sévissent et dont il ne dit rien. Dès lors, oublier, regarder ailleurs, c’est le mieux qu’il aura à faire en effet. Car des larmes de remords seraient obscènes. C’est maintenant, Rapoport, qu’il faut pleurer sur les atrocités qui seront commises à Cuba dès que Castro sera déposé grâce aux contrevérités, aux calomnies, aux grasses conneries que la CIA invente, que notre presse diffuse complaisamment et que les gogos répètent en se croyant malins.

Je vous ai bien aimés.

Maxime Vivas, écrivain, ami de Cuba.

PS. Rapoport soutient que la dialectique marxiste n’est « jamais venu à bout de l’amour des Cubains pour le baseball. » Il a des informations sur la volonté et les actes du pouvoir de La Havane pour éradiquer ce sport ? Car, dire qu’ils n’en sont « jamais venu(s) à bout », suppose que le combat a été long et semé d’échecs. Des articles sont parus sur ce vain acharnement ? On a des témoignages ? La presse ne rend pas compte des rencontres ? Elles ne sont pas télévisées. L’entrée des stades est interdite ? Les joueurs de baseball sont inquiétés à Cuba ? Ils ne sont pas des vedettes ? L’affreuse censure qui « s’empresse » de frapper les « défenseurs des droits humains » les opprime aussi ?

Dites-nous, Rapoport, dites-nous, vous avez l’air de savoir.

Et un conseil (preuve que je ne vous veux pas de mal, malgré ma véhémence) : n’allez pas montrer votre article dans les vestiaires des joueurs de baseball cubains. C’est que ce sport se pratique avec une espèce de gros bâton assez dur (dont j’imagine qu’il est interdit de prononcer le nom à Cuba à cause du vieux dictateur coléreux qui s’empresse de pendre les pirates de mares aux canards depuis que les USA n’ont pas voulu de lui dans leurs équipes) et dont l’usage est parfois détourné à des fins regrettables.

source : bellaciao

torpedo